Prévot et Tillieux s'écharpent autour du décès d'un SDF à Namur

Le décès d'un sans-abri qui n'avait pu accéder à un foyer pour une question de quota a fait grand bruit.

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Prévot et Tillieux s'écharpent autour du décès d'un SDF à Namur
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"Quand vous claironnez partout que notre règlement est illégal, c'est faux!", a adressé jeudi au conseil communal le bourgmestre de Namur, Maxime Prévot, à Eliane Tillieux, cheffe du groupe de l'opposition PS, qui a indiqué mercredi dans la presse et jeudi au conseil communal que le règlement en vigueur à l'abri de nuit de Namur était en contradiction avec le Code wallon de l'Action sociale. Le débat fait suite au décès d'un SDF prénommé Jean-Luc à Namur le 7 mars dernier. Le quinquagénaire avait épuisé son quota de 45 nuitées et avait donc été refusé alors que "3/4 des lits étaient inoccupés", selon Eliane Tillieux. La conseillère communale estime que "la Ville a laissé mourir une personne".

Pour elle, le système des quotas de 45 nuits pour les personnes dans la précarité qui se présentent à l'abri de nuit mis en place par la Ville est profondément inhumain, voire "inhumaniste". "L'article 59 du Code wallon de l'Action sociale prévoit l'inconditionnalité de l'accueil des sans-abri entre le 1er novembre et le 31 mars", répète-t-elle. Les quotas auraient donc dû être levés, selon elle.

Maxime Prévot conteste d'avoir "laissé mourir" qui que ce soit. "Ce n'est pas que les élus que vous insultez en disant cela, ce sont les travailleurs sociaux qui se sont sentis salis et insultés", a-t-il commenté, rappelant l'extrême complexité du travail quotidien de ces derniers.

Et Maxime Prévot de reprendre à son tour un article du Code wallon de l'Action sociale, l'article 69: "Les abris de nuit ont pour mission d'assurer inconditionnellement, sous réserve de l'article 104, aux personnes en difficultés sociales dépourvues de logement, un hébergement collectif d'urgence pour la nuit. Et que dit l'article 104 au premier paragraphe? Sauf lorsque la durée maximale d'hébergement éventuellement prévue par l'abri de nuit est atteinte!", précise-t-il, conseillant au passage avec ironie à Eliane Tillieux de s'entourer de juristes. Il ajoute que l'inconditionnalité de l'accueil n'est pas la même chose que l'inconditionnalité de l'hébergement.

Maxime Prévot estime qu'on peut ouvrir le débat sur l'opportunité du système des quotas mais qu'on ne peut pas dire que le règlement est illégal. Le PS demande une révision urgente du règlement en vigueur au regard du Code wallon de l'Action sociale. L'échevine de la Cohésion sociale, Stéphanie Scailquin, avait pour sa part informé mercredi lors d'un point presse qu'une réflexion visant à instaurer de nouvelles mesures aborderait notamment le nombre de nuitées, la disponibilité des lits, la question des températures minimales, etc.

Le conseiller cdH, Paul Mathieu, a pour sa part tenu à signaler que divulguer en public l'heure à laquelle Jean-Luc a été admis au CHR de Namur le 6 mars, soit à 20h22, ne violait pas le secret médical, contrairement à ce qu'avait avancé Eliane Tillieux.

Si tout le monde a voté en faveur du point 27 bis ajouté en urgence à l'ordre du jour concernant la levée des quotas jusqu'à fin mars, le PS s'est abstenu. Juste avant le conseil communal, entre trente et quarante personnes s'étaient rassemblées silencieusement devant l'Hôtel de Ville, à l'initiative du PTB, en hommage à Jean-Luc. Une minute de silence a également été respectée en début de séance.