Les visites restent interdites, tant dans les homes publics que privés, car les mesures de sécurité ne peuvent être assurées pour l'instant

La cellule de crise de Namur s’est réunie mercredi soir suite à la déclaration de Sophie WIlmès et à la tenue du Conseil national de sécurité. "La déclaration relative à la visite en Maisons de Repos nécessitait de prendre attitude. Nous l’avons fait. En cohérence avec notre réalité de terrain", déclare le président du CPAS en charge des affaires sociales Philippe Noël. Il avait déjà manifesté hier soir son incrédulité, non pas dans la volonté de rétablir un lien entre les résidents des homes et leurs proches, mais dans le timing de la décision alors que les maisons de repos sont une bombe en train d'exploser.

Pour preuve: le bilan s'alourdit de jour en jour, notamment au home de l'Harscamp au centre de Namur où l'on déplore aujourd'hui le décès de 25 pensionnaires sur 100. Les autres résidents ont été testés et les résultats sont attendus, selon nos informations. Même si la ville de Namur ne souhaite pas communiquer ces chiffres tragiques, il nous semble important de montrer au public dans quelles proportion les aînés sont les victimes de cette crise du coronavirus et à quel point l'entrée et la sortie de personnes supplémentaires pourrait être dangereuse pour tous.

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"En plein accord avec le Président du CPAS et tous les autres membres et disciplines de la cellule communale de crise, il a été décidé qu’une ordonnance communale serait prise pour interdire ces visites en maisons de repos jusqu’à nouvel ordre et à tout le moins jusqu’à la fin du mois d’avril. Cette interdiction vaut pour toutes les maisons de repos du territoire de la commune de Namur. Si toutefois, pour des raisons qui lui seraient propres, un établissement privé souhaitait malgré tout organiser pareilles visites, il en aurait la faculté, sous sa propre responsabilité, après en avoir sollicité l’autorisation préalable auprès de la commune", a ainsi déclaré le bourgmestre de Namur Maxime Prévot lors de sa conférence de presse ce jeudi matin.

Une décision qui va contredit l'annonce de Sophie Wilmet ce mercredi. "Nous autorisons également les résidents des structures d’hébergement – c’est-à-dire les maisons de repos et de soins ou les centres pour personnes avec un handicap par exemple – à recevoir la visite d’un proche désigné. Cela, à condition que le résident en question ne présente aucun symptôme de la maladie depuis deux semaines. Cette personne devra toujours être la même. Les maisons de repos se chargeront de l’organisation de ces visites", avait-elle annoncé.

"Cela nous semblait nécessaire", commente le président du CPAS Philippe Noël qui doit gérer des contaminations dans deux autres maisons de repos outre l'Harscamp: les Chardonnerets (Jambes) et Saint-Joseph (Temploux).

Par aillerus, le ville de Namur se dit bien conscients que ces interdictions de visite depuis plusieurs semaines sont de nature à affecter les familles et les résidents. "Nous souhaitons renforcer le travail d’accompagnement psychologique au sein de nos maisons de repos publiques et nous avons d’ores et déjà sollicité le CHR pour qu’il y dépêche des renforts psy. Il en a accepté le principe. Les équipes du SISU du SPF Santé publique ont également été sollicitées. Nous mesurons que certains accueilleront avec la grimace voire du mécontentement cette décision de la Ville. Elle n’est évidemment pas prise de gaité de cœur mais elle se justifie pleinement selon nous, au vu des réalités de terrain actuellement alarmantes qui sont constatées dans les diverses maisons de repos. Nous préférons que certaines familles fassent la grimace aujourd’hui pour être sûr d’offrir à ces résidents et à ces mêmes familles un sourire plus tard."

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Voici l'explication exprimée ce mercredi matin par le bourgmestre de Namur.

"Hier, le Conseil national de sécurité a décidé de permettre dorénavant la visite d’une seule et même personne auprès de chaque résident des structures d’hébergement pour personnes handicapées, pour enfants placés par le juge, pour personnes isolées ne sachant pas se déplacer, et dans les maisons de repos. Et cela pour autant que les visiteurs concernés n’aient pas développé de signe de maladie durant les quinze jours qui précèdent.

La cellule communale de crise comprend parfaitement l’objectif humain et social qui a pu fonder cette décision. L’isolement est quelque chose d’extrêmement pénible et lorsqu’il est mal vécu, il peut pousser d’aucuns à se laisser dépérir. L’on se réjouit dès lors que de telles visites puissent s’effectuer dans des structures où les cas avérés de Covid-19 sont très faibles voire inexistants, et où la situation sanitaire est donc parfaitement maîtrisée, comme dans les institutions pour personnes handicapées par exemple.

Mais notre incompréhension est totale et unanime à l’égard des maisons de repos. Aujourd’hui les maisons de repos sont, partout dans le pays et donc à Namur aussi, les principaux foyers d’infection du coronavirus. Plusieurs dizaines de décès ont déjà dû y être déplorés sur le seul territoire de notre ville. Le personnel se fait rare, avec un absentéisme qui monte en flèche et il se trouve véritablement sur les genoux. Il est aujourd’hui très compliqué d’y maîtriser la propagation du virus. Les testings du personnel et des résidents viennent seulement de débuter et devraient s’étaler sur 2 à 3 semaines. Une fois les résultats de ces tests connus, il faut logistiquement tout réorganiser dans la maison de repos pour isoler les malades du reste des résidents, et donc a fortiori de visiteurs.

Comment, dans un tel contexte de crise aigüe, autoriser à présent les visites ? D’autant que cela représente un risque supplémentaire d’importer le coronavirus dans des maisons de repos qui en sont jusqu’à présent préservées. Le personnel ne va pas pouvoir contrôler le pedigree de chaque visiteur pour s’assurer qu’il n’a présenté aucun symptôme durant les deux semaines précédentes. Et quand bien même, certains porteurs du virus sont asymptomatiques mais véhiculent pourtant bel et bien l’infection. Le médecin de notre cellule de crise rappelant de surcroît que certains tests de frottis sont parfois des faux négatifs. Au-delà du risque d’accueillir dans les maisons de repos de nouvelles personnes contaminées même sans qu’elles ne le sachent, le risque existe aussi qu’un visiteur sain reparte de la maison de repos en étant désormais infecté, mettant dès lors en danger lui-même et sa propre famille.

Une maison de repos, c’est en général une centaine de lits. Donc une centaine de résidents. Donc potentiellement une centaine de personnes extérieures qui chaque jour se présenteraient à la maison de repos et qui devraient, chaque jour aussi, être équipées avec des masques, des gants etc. Mais par qui ? Sachant que déjà aujourd’hui on est à la corde pour pouvoir équiper adéquatement et en suffisance le personnel de ces maisons de repos. Et l’on sait, de surcroît, que toutes les familles ne s’entendent pas de manière toujours harmonieuse. Si au sein d’une famille on ne parvient pas à s’accorder sur cette personne, la même qui chaque jour pourrait venir rendre visite, est-ce que c’est le personnel qui devra faire le gendarme ? refouler certaines personnes et pas d’autres ? Il y a incontestablement mieux à faire pour le moment, avec des effectifs réduits et une situation interne aux maisons de repos qui est réellement aujourd’hui au sommet de la crise et des contaminations.

On voit d’ailleurs depuis hier soir que cette décision suscite énormément de réserves voire de colère dans les diverses maisons de repos du pays. Plusieurs ministres de la santé ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne mettraient pas cette mesure en œuvre tant qu’il n’y aurait pas eu de concertation approfondie avec le secteur et que cette décision – je le redis compréhensible sur le plan humain et généreuse dans ses intentions – ne sera pas rendue plus crédible sur le plan opérationnel et plus adéquate sur le plan du timing (et donc mise en œuvre hors du pic de crise que nous connaissons actuellement et une fois que tous les testings auront été faits). La Première Ministre elle-même a précisé, après sa conférence de presse, que ces visites étaient une possibilité et pas une obligation."