A l'approche des saisons froides, une seule question est présente sur les lèvres de tous: «Comment se chauffer cette année?» A plus de 0,55 euro le litre de mazout, beaucoup se tournent vers une solution alternative, le bois de chauffage. «La demande est vingt fois plus élevée que les autres années», explique Jacques André, vendeur de bois de chauffage dans la commune de Bièvre, «mais je ne sais pas et ne veux pas fournir ces nouveaux clients.» En effet, le cas contraire obligerait le vendeur à liquider son stock. «Je préfère privilégier mes anciens et fidèles clients», ajoute-t-il. Le fait est surtout que Jacques André ne vend pas de bois aux particuliers: «Couper, emballer le bois dans des sacs et recevoir les clients me prendrait trop de temps.» Il est fournisseur d'autres commerçants situés plus au nord. D'après lui: «Il est même difficile de trouver du bois de chauffage dans les commerces de chez nous. Les gens achètent généralement leurs propres stères de bois dans les ventes publiques.» C'est également dans ces ventes publiques que les grossistes en bois se fournissent, en quantités évidemment bien plus importantes. Le bois est alors fendu en bûches d'un mètre de long et vendu aux marchands, qui les conditionnent en sacs. Assez paradoxalement, alors que la demande explose, J.André s'interroge pour l'avenir de sa profession. «Les communes proposent de moins en moins de bois en vente publique, surtout depuis la maladie du hêtre. Nous allons peut-être vers une pénurie de bois! Et comparativement à l'an passé, le prix d'achat du bois a quintuplé. Mais le prix de vente n'a que faiblement augmenté. La conséquence est que la marge bénéficiaire a fortement chuté! Si ça continue, on sera obligé de vendre bien plus cher», explique le Bièvrois. Et d'ajouter: «Les choses ne vont pas s'améliorer puisque les particuliers ont, déjà cette année, acheté deux fois plus de stères. L'année prochaine, il faudra compter avec de nouveaux clients, ceux qui ont investi cet hiver dans un poêle: la demande sera encore plus forte et les forêts de plus en plus déboisées! Donc, les prix risquent, l'an prochain, de flamber!» Ainsi, selon Jacques André, «à long terme, ça ne sert à rien d'abandonner le mazout pour le bois de chauffage! Chez nous, le stère reste proche des 40 euros, cela peut encore être intéressant. Mais pas dans les grandes villes, souvent éloignées. A Bruxelles, le stère est déjà à 80 euros. Il faut, en effet, ajouter le prix du transport et du conditionnement. Or, il faut compter sur une vingtaine de stères par an. Cela revient donc déjà cher» !

© La Libre Belgique 2005