Brigitte Laurent côtoie les femmes au quotidien. Son poste de secrétaire générale de l’Acrf- Femmes en milieu rural lui offre un angle de vue privilégié sur la vie des femmes à la campagne. Faiblement diplômées, elles vivent un haut risque de précarité. Le déficit de mobilité les rend sujettes aux pièges à l’emploi. Concilier travail et vie de famille constitue un nœud difficile à défaire.

Selon Brigitte Laurent, une clé de bien-être pour les femmes réside dans l’estime de soi qu’elles doivent s’efforcer de regagner. "L’absence de travail, de revenus et de lien social engendre la mésestime de soi. Je vois beaucoup de femmes qui vivent dans des maisons délabrées, sans moyens de transport, sans pouvoir sortir de chez elles pour aller au centre culturel ou ailleurs. Il est nécessaire de créer des lieux de rencontre où les femmes peuvent être elles-mêmes sans obligation de résultat".

"Travailler à deux, construire sa maison, avoir deux voitures génère du stress pour les femmes qui ont des difficultés à concilier le travail et la vie de famille, la maternité, les congés scolaires. Les femmes jeunes occupant des postes à haut niveau subissent une forte pression professionnelle. Travailler à mi-temps est rarement possible pour elles et très souvent, elles décident d’arrêter de travailler pour s’occuper de leurs enfants. Les femmes qui le peuvent choisissent le temps partiel"."Pour elles, c’est la galère"Beaucoup de femmes faiblement diplômées subissent une pression sur leur pouvoir d’achat par le cumul des coûts de déplacement et de garde d’enfants. "Elles ne peuvent pas arrêter de travailler. Lorsqu’elles se retrouvent seules avec des enfants, c’est une catastrophe. Elles perdent leur emploi ou tombent malades car elles ne parviennent pas à tout concilier. Pour elles, c’est la galère. La pauvreté touche de nombreuses femmes. En particulier celles de plus de 65 ans qui ont des petites pensions et de faibles revenus et dans les familles monoparentales". Selon Brigitte Laurent, le bât blesse depuis longtemps sur le plan de la législation du chômage "qui pénalise les femmes car l’accès aux revenus des femmes dépend légalement de leur statut dans le couple. Je constate que souvent celles qui refont leur vie avec un nouveau compagnon renoncent à leur titre de chef de famille et donc à leurs droits. En cas de nouvelle rupture, elles n’ont plus droit qu’à une indemnité minimale de chômage".

"Des lieux de solidarité"

Le partage des tâches entre l’homme et la femme connaît un réel progrès aux yeux de Brigitte Laurent : "Mais les couples avec enfants font des tours de passe-passe et jonglent avec leurs horaires en fonction des enfants qu’ils vont chercher à l’école ou à la crèche à tour de rôle". Brigitte Laurent est convaincue que le déficit de mobilité à la campagne accroît le risque de pauvreté des femmes. "Lorsqu’un ménage ne dispose que d’une voiture, c’est l’homme qui l’utilise et la femme doit se débrouiller avec les transports en commun ou le covoiturage lorsqu’il est organisé". Doublement sollicitées par la garde de leurs petits-enfants et par leurs parents âgés qui appellent à l’aide, "les femmes de la cinquantaine qui (re) travaillent à temps plein sont prises en sandwich et n’ont plus de vie à elles. On est vite pris dans l’engrenage par devoir et par affection". Le voiturage organisé, les aides informelles, le voisinage de proximité, les cafés-rencontres et la création de maisons d’accueil de jour pour les personnes âgées sont des pistes proposées par Brigitte et son mouvement. "Il faut inventer des lieux de solidarité et des solutions innovantes. Et lutter collectivement pour assurer l’accès des femmes à la dignité".