Namur-Luxembourg

À Nassogne, une partie de la population s’oppose à l’extension de deux poulaillers industriels le long de la route reliant les villages de Harsin et Ambly. Les deux projets tant décriés visent une augmentation de la production de poulets de chair annuelle de 130 000 unités, le premier passant de 125 000 à 156 000 poulets par an, le deuxième de 40 000 à 140 000.

"Si ces deux demandes aboutissent, Nassogne deviendra l’une des communes de la province du Luxembourg les plus impactées par les élevages industriels", souligne Philippe Pirlot, membre du mouvement Demain c’est Maintenant.

Le groupe a récemment déposé une motion devant le conseil communal pour dénoncer l’impact environnemental et sanitaire de tels élevages, invitant le collège à émettre un avis négatif sur les deux projets en question. "Il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer contre les agriculteurs, mais contre une agriculture qui ne fait plus sens", soulignait la représentante du groupe lors du dernier conseil communal.

"Phénomène Nimby"

La production de volailles en Wallonie reste très inférieure à la demande, indique la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA). "Le Plan stratégique présenté fin juillet par le ministre wallon de l’Agriculture souligne l’importance d’augmenter la production de volaille si on souhaite limiter les importations", observe Caroline Decoster, conseillère à la FWA. "Contrairement à d’autres secteurs agricoles, le frein principal n’est pas la question financière, mais les citoyens. On est là dans un phénomène de type Nimby (l’acronyme anglais de Pas dans mon jardin, NdlR). Les gens veulent de la volaille locale, mais pas élevée près de chez eux. Nombre de projets avortent parce que les riverains s’y opposent systématiquement, qu’il s’agisse de poulaillers traditionnels, bio, ou en qualité différenciée."

Caroline Decoster évoque à ce titre la pression sociale qui pèse sur les épaules de certains éleveurs. "Il faut avoir un mental solide pour se lancer dans ce type de projets. De nombreux agriculteurs se font même harceler sur les réseaux sociaux."


"Des fertilisants naturels"

L’impact environnemental est l’un des principaux arguments soulevés par les opposants aux poulaillers industriels. "La législation wallonne est très stricte et offre toutes les garanties pour une bonne gestion", réagit Caroline Decoster, conseillère à la FWA. "Que les gens n’aillent pas s’imaginer que tous les effluents vont être épandus à proximité de leur habitation. Il existe un programme de gestion durable de l’azote qui encadre cela. Les éleveurs qui n’ont pas suffisamment de terrains sont obligés d’exporter leurs effluents vers d’autres agriculteurs. Les effluents sont des fertilisants naturels et organiques qui permettent de limiter le recours aux engrais chimiques, et les agriculteurs sont très demandeurs. En cas d’extension, l’éleveur doit d’ailleurs fournir les garanties qu’il a trouvé un autre agriculteur vers lequel exporter." Sans oublier les progrès techniques réalisés au cours des dernières années, dont la présence de laveurs d’air qui limitent les désagréments olfactifs. "Après, on reste dans de l’élevage et il peut y avoir des nuisances. Mais ce n’est pas parce que l’on passe de 40 000 à 140 000 poulets qu’elles vont tripler."