Namur-Luxembourg

La quinquagénaire de Fernelmont est 6e effective sur la liste d’Eliane Tillieux. Interview exclusive des deux membres de la fratrie.

Pascale Javaux a 56 ans. Elle est l’aînée de Jean-Michel Javaux de 5 ans, même s’il a tendance à l’appeler "ma petite sœur" . Ils ne sont que deux dans la fratrie et sont soudés même si leurs chemins politiques divergent.

Dimanche, Jean-Michel Javaux soutiendra la liste Ecolo en étant 4e suppléant au Parlement wallon. Pascale Javaux tentera d’apporter des voix à la liste socialiste pour le Parlement fédéral où elle est 6e candidate effective.

Si c’est le cadet qui s’est engagé le premier en politique, Pascale n’est pas une débutante. Elle s’est présentée pour la première fois sur les listes communales à Fernelmont il y a une douzaine d’années. "Tout vient du local. Je me suis engagée grâce à mon ami Laurent Despy. J’ai été d’abord conseillère communale puis je suis devenue échevine de l’Urbanisme il y a deux ans. Après le scrutin d’octobre, je suis devenue présidente du CPAS" , explique-t-elle.

Pour elle, les valeurs de son frère et les siennes ne sont pas si éloignées. Même si, au fil des années, un modus vivendi s’est installé. "On ne parle pas de politique quand on se voit pour éviter les tensions, mais on peut aborder les problèmes de société" , avoue-t-elle. Son frère a été la deuxième personne à qui elle a annoncé la nouvelle, lorsqu’elle a accepté de soutenir Eliane Tillieux. "Il n’y a pas eu de discussion négative. Il m’a même fortement encouragée lorsque je lui ai annoncé mon intention."

Même s’ils sont tous deux candidats ce 26 mai, leurs parcours sont très différents. "Mon engagement est social et humain depuis toujours, mais je n’ai jamais envisagé de changer de métier." Alors que son frère s’est dirigé vers la politique très jeune.

" Il était à peine majeur lorsqu’il a contacté tous les présidents de parti. Celui qui a répondu en premier était Jacky Morael. (Ecolo). Il s’est noué une amitié profonde" , se souvient-elle. Aucun des deux n’a jamais essayé d’attirer l’autre vers son parti.

Pascale Javaux est infirmière depuis 35 ans. Elle est devenue cadre et travaille en gestion hospitalière à Erasme. Ce n’est pas un hasard si elle se présente pour la Chambre. La santé est au cœur de ses préoccupations. "Par exemple, la prise en charge en milieu hospitalier n’est plus du tout adaptée aux personnes âgées. Il y a 25 ans, on considérait qu’une personne était âgée vers 65/70 ans. Aujourd’hui, la retraite a été repoussée à 67 ans et on prend en charge des personnes âgées de 80, 90 voire 100 ans. Les protocoles doivent être complètement revus. De la même manière, on ne peut pas demander à une infirmière de 65 ans des soins aussi lourds qu’en début de carrière" , plaide-t-elle.


Jean-Michel Javaux: "Si je votais à Namur, ce ne serait pas pour elle"

Le bourgmestre d’Amay adore sa sœur, mais regrette qu’elle s’affiche aussi clairement rouge

© Jean-Christophe Guillaume

Jean-Michel Javaux a toujours été franc. Et précise d’emblée que non, il n’a pas chaleureusement encouragé sa sœur Pascale à se porter candidate sous la bannière socialiste. "C’est ma grande sœur et elle m’a pratiquement élevé (on a perdu nos parents très jeunes) : notre lien de sang prime sur tout. Par contre, il n’y a pas d’ambiguïté sur le fait que je soutiens Ecolo à Namur. Les têtes de liste sont Stéphane Hazée, mon ex-directeur politique et Georges Gilkinet que j’ai poussé à entrer en politique quand on s’est rencontré au conseil de la jeunesse."

Comment avez-vous réagi quand votre sœur vous a demandé votre avis alors ?

"Elle m’a informé qu’Eliane Tillieux lui avait demandé pour être sur sa liste. Je pense que la décision était déjà prise dans sa tête quand elle m’en a parlé. À vrai dire, si elle m’avait laissé le choix, je l’aurais plutôt découragée, mais c’est pour la boutade (rires) !"

Ça vous a contrarié ?

"Un peu. Je connaissais son engagement communal, mais elle n’avait pas montré d’autres ambitions. Elle n’était pas trop affichée socialiste puisqu’elle s’est présentée à Fernelmont sur une liste de rassemblement. J’ai des proches qui votent différemment de moi. Mais si j’habitais en province de Namur, je voterais pour Ecolo, pas pour ma sœur."

Vous l’aviez soutenue avant ?

"Évidemment. J’étais présent lors de sa prestation de serment comme échevine à Fernelmont, lorsqu’elle a succédé à Laurent Despy. C’est un moment important dans une vie. Elle m’a aussi souvent soutenu lors de soirées d’élection. Ici, j’étais étonné."

Une Javaux rouge, ça brouille le message du Javaux vert ?

"Non, j’imagine que les gens savent bien faire la différence. Et puis, j’ai des amis dans d’autres partis comme Paul Magnette ou Marc Tarabella. Mais j’ai beaucoup d’amis sur les listes namuroises et c’est une élection importante. Et puis Namur est le berceau Ecolo."

On vous sent partagé…

"Ça ne me gêne pas plus que ça. Elle avait son engagement au syndicat libéral auparavant. Son engagement politique (au PS donc, NdlR) est venu par ses rencontres au niveau communal. Il faut dire que la situation est différente à Fernelmont où les socialistes sont très minoritaires. Amay qui a été à plus de 75 % socialiste pendant 80 ans. Ça laisse plus de marques."

Rassurez-nous : il n’y pas de tensions en famille ?

"Pas du tout. Ma sœur est - avec ma compagne et mes enfants - la personne que je trouve la plus formidable humainement. On a perdu nos parents, ça nous a resserrés très fort. Quand on a perdu le petit, elle a été très présente alors qu’elle avait sa vie familiale, professionnelle et ses engagements. J’admire la façon dont elle a tout mené de front. Bref, je lui souhaite bonne chance, mais j’espère qu’Ecolo fera un maximum de voix."