Namur-Luxembourg

C'est une démarche originale lancée par le député provincial luxembourgeois à l'Economie et à l'Agriculture, René Collin, qui vient de trouver un premier achèvement. Provisoire puisque celui-ci ouvre la porte à tout un nouveau volet. Il s'agissait de tirer le portrait de l'agriculture en province de Luxembourg et, surtout, de dessiner les pistes d'avenir, sans aucun tabou.

Un travail mené sous l'égide du département Economie, parce que l'agriculture est avant tout un secteur économique. Pour que cette recherche couvre toutes les facettes de la question, plusieurs institutions y ont été associées : le Département et le Centré d'Economie rurale, le Centre wallon de recherches agronomiques, le Service provincial d'information, de gestion et de vulgarisation agricole, ainsi que le département Sciences et gestion de l'environnement de l'Université de Liège (ULg).

Dire que le Luxembourg est une terre d'élevage - non par choix mais par contrainte géographique - est une lapalissade. Qui fait trop souvent oublier que cette réalité influe directement sur l'économie, l'environnement, la vie locale tout en étant aussi profondément liée au tourisme, aux enjeux énergétiques et au développement durable.

L'autre aspect de cette réalité est la crise qui frappe ce secteur de plein fouet. Avec pour corollaire la chute de confiance - on est tenté d'écrire l'accentuation du désespoir - qui se traduit par la dégringolade forte du nombre d'exploitations.

Sans tabou, la démarche a aussi osé poser des questions qui, précisément, relèvent du tabou. A savoir notamment : pourquoi pas une alimentation sans agriculture européenne d'ici 10 ans et même une alimentation sans agriculture d'ici 50 ans? Ensuite, les visions d'avenir n'ont pas été confrontées dans le secret des laboratoires de recherche, mais par une série de débats parmi trois publics cibles : l'encadrement agricole, de jeunes agriculteurs, les mandataires communaux.

Le constat né de ces débats est sans surprise : fatalisme et pessimisme priment, avec cette idée que l'on est bien obligé de s'adapter à la mondialisation. Suivent le fait que l'agriculture se justifie à sa fonction alimentaire mais sans valorisation de ses autres fonctions potentielles; que les agriculteurs attachent de plus en plus d'importance au consommateur mais en ne lui laissant pas accès au débat; que les normes environnementales sont considérées comme des contraintes et non comme des opportunités; que la transmission d'une exploitation est de plus en plus problématique.

Pas question de prédire ce que sera l'agriculture locale demain. Mais de considérer toutes les variables dont la politique économique internationale, la politique agricole, la chaîne agroalimentaire, l'environnement, l'énergie, etc. Ce qui a conduit à deux scenarii. Le premier, "noir", avec la persistance de la libéralisation et l'évolution négative de l'agriculture en Europe, ainsi que la quasi disparition de l'élevage en Luxembourg. Le second, "vert", qui verrait l'inversion de la libéralisation et le renforcement du secteur agricole dans nos contrées.

"Ce qu'il faut, c'est un équilibre entre les deux", note Marc Mormont, de l'ULg. D'où l'idée d'un autre scénario, "vache", un "projet volontariste d'élevage en Luxembourg, qui s'appuie sur les atouts du territoire et rencontre l'exigence à l'échelle mondiale d'un équili bre et d'une équité dans l'alimentation des hommes, tout en impliquant des changements profonds sur le cheptel".

Ces débats ont permis de dessiner six pistes d'actions concrètes. D'abord, imaginer de nouvelles formes d'installation. Puis activer les divers leviers communaux d'action et adopter un comportement actif d'anticipation face au changement. Suivent l'importance de l'innovation; la mise en valeur de la relation agriculture/environnement et enfin une réelle valorisation de la production locale par des activités locales de transformation et de commercialisation qui épargnerait au secteur agricole d'être pieds et poings liés face au monde de la distribution.

Ces pistes permettront de peser sur les orientations. "Et, si le marché n'est pas régulé, on fonce dans le mur", a souligné René Collin. D'où la nécessité, aussi, de relayer des débats et idées auprès de toutes les autorités politiques. Et, là, on devine le défi. Car c'est finalement les décideurs du monde entier qu'il s'agit de convaincre...

© La Libre Belgique 2009