Namur-Luxembourg

Depuis quelques mois un recyclage peu ordinaire est organisé sur trois territoires de l'arrondissement de Namur. En Hesbaye, en Entre-Sambre-et-Meuse et sur le Condroz se réalise "Le grand ramassage des peurs". C'est le Centre culturel régional de Namur qui coordonne l'opération en partenariat avec le Théâtre de l'Escalier, les centres culturels locaux et les communes concernées. Cette lumineuse idée est inspirée du scénario réalisé par la compagnie L'Artifice de Dijon.

Peurs anonymes

Ce service d'utilité publique de ramassage des peurs collecte les frousses, les inquiétudes, les effrois, les trouilles, les appréhensions, les craintes des habitants avec l'aide du petit "Manuel du froussard courageux", diffusé par les comédiens-animateurs chargés d'en informer la population.

Toutes ces peurs confiées par écrit dans l'anonymat par les habitants, du plus petit au plus âgé, sont récoltées dans des conteneurs pour subir ensuite un recyclage salvateur dans une lecture publique.

Treize comédiens (ne) s venus de tous les coins du pays travaillent d'arrache-pied sur les peurs de l'Entre-Sambre-et-Meuse dans l'amphithéâtre du Théâtre Royal de Namur sous la direction du metteur en scène Claude Enuset.

L'éphémère compagnie répète une sorte de mise en scène chorale depuis le 19 janvier, date à laquelle les peurs récoltées ont subi un "écrémage".

Anne Lambert, comédienne et animatrice au centre culturel de Fosses-la-Ville, a participé au ramassage de sa région : "Sur 2400 peurs récoltées, une centaine ont été retenues. Les gens écrivent leurs peurs sur chacune des pages du manuel où sont inscrites des amorces de phrases. Ces peurs ont ensuite été triées par catégories, sélectionnées, mais elles ne sont ni corrigées ni réécrites. Ce sont les gens qui sont les auteurs du spectacle. Nous ne jouons pas des personnages. Nous nous accaparons leur peur et nous nous faisons leur porte-parole".

Osmose

"Une peur bien recyclée, c'est du bonheur toute l'année", chantent-ils en choeur. "Je ne m'imagine pas vivre au ralenti. Et pourtant il faudra bien que je me calme".... " Je ne m'imagine pas vivre tout seul dans un appartement froid sans personne à qui parler". Ou encore : "J'ai peur de devenir folle".

Les peurs des voisins, la plus grande peur de sa vie, les phobies en tout genre, les violences subies ou imaginées, les cauchemars de toutes les couleurs sont mis en scène dans ce spectacle intimiste ponctué de chants et du son du saxophone.

"L'enjeu est de réaliser cette mise en scène dans l'urgence, en trois semaines. C'est ce qui est intéressant" nous dit le metteur en scène Claude Enuset. "Les comédiens s'approprient les textes qu'ils ont choisis et y mettent un point de vue. A moi de régler la forme. Comme nous ne jouons pas dans des salles de théâtre, nous avons choisi le bi-frontal pour mieux partager avec le public qui se trouve ainsi dans un cocon. Cela donne un travail d'osmose très beau. Des spectateurs peuvent reconnaître les peurs qu'ils ont écrites. Ce partage des peurs a un effet de catharsis car on se rend compte qu'on n'est pas tout seul à avoir peur de son père ou des araignées".

La trentaine de comédiens sélectionnés sur les trois régions ont été initiés à la philosophie et aux objectifs du projet par la Cie L'Artifice. Les spectacles diffèrent selon les territoires, les opérateurs culturels et les peurs exprimées par les habitants.

En Hesbaye, les centres culturels de Gembloux et d'Eghezée et les communes de Fernelmont et La Bruyère ont choisi de travailler sur les peurs intrafamiliales. La mise en scène était assurée par Dominique Serron. En Entre-Sambre-et-Meuse, ce sont les centres culturels de Sambreville, Floreffe et Fosses-la-Ville et la commune de Profondeville qui se sont mobilisés.

Agenda en Entre-Sambre-et-Meuse : les 8 et 9 février à 20h30 à l'école du Bosquet à Fosses; le 13/2 à Tamines; le 15/2 à Floreffe; le 20/2 à Keumiée; le 22/2 à Lesves; le 21/2 au home Dejaifve à Fosses; le 23/2 à Bois-de-Villers. Le Centre culturel d'Andenne et les communes d'Ohey, Gesves et Assesse se préparent pour la fin mai 2008. La mise en scène sera assurée par Jean-François Noville.