Inspiré de la Maison Verte créée en 1979 à Paris par Françoise Dolto, le Pré en Bulles propose, depuis 1990, un "lieu de langage" pour le tout-petit jusque 3 ans accompagné d’un parent ou d’un proche. Après de multiples déménagements, ce dispositif original a installé ses campements dans la Maison des Jeunes de Jambes. Créatrice de ce projet avec Elysabeth Brauns et Marie-Paule Thirifay, Colette Godfrin explique avec passion la spécificité de cette "maison verte" namuroise. "Nous proposons un espace de socialisation et de jeu, générations mélangées, qui n’est pas à confondre avec une garderie ou un espace qui propose des activités."

Mme Godfrin insiste sur "l’importance primordiale pour l’adulte accompagnant de ne jamais déposer son enfant, disparaître sans rien dire ou le quitter. En 1979, Dolto observait que les enfants étaient brutalement arrachés de leur parent ou maman. Elle a proposé un dispositif où la séparation se déroule autrement. L’accueillante accompagne le jeu du petit qui s’éloigne de sa maman. La séparation se fait en notre présence. Cela prépare à la crèche ou/et lorsque la maman recommence à travailler. Le dispositif permet aussi d’aborder la problématique de l’allaitement lorsque des enfants tètent encore à 2 ans." Au Pré en Bulles, il n’y a pas d’ouverture de dossier ni d’idée éducative. "Nous offrons l’occasion à l’enfant et au parent de s’approprier le lieu et d’être des acteurs. Les accueillants ne sont pas des animateurs. Ils se centrent sur l’importance d’ouvrir l’enfant au langage qui passe par le mot et les signifiants plutôt que par le ‘faire’. Nous accompagnons le petit à dire ou montrer plutôt que prendre. Nous incluons la maman si elle est tout près."

Les maisons vertes servent à faire surgir un désir et un plaisir d’être parent et à étoffer le lien de parentalité. "Des mamans sont étonnées de voir leur enfant jouer autrement dans ce lieu qui propose une inscription dans le langage." Des règles inspirées par Dolto sont mises en place. Telles que l’anonymat tant de l’enfant, du parent que de l’accueillant. Le prénom de l’enfant est inscrit rituellement à son arrivée. "De l’accueillant on ne connaît que le prénom et l’adulte accompagnant est nommé par la place qu’il occupe. Une ligne rouge délimite l’espace du Pré en Bulles."

Lors de la matinée d’anniversaire, Catherine Paul, accueillante au Pré en Bulles, a raconté des expériences d’accueil comme celle de "la femme au manteau et d’un petit garçon qui ne parle pas et ne joue pas. Elle s’assied et garde toujours son manteau tout en suivant son enfant du regard et en paroles. Le sourire de l’enfant ressemblait au début à un rictus, puis progressivement il a changé, s’est mis à citer les couleurs, s’arrête aux jeux, vient vers nous. Et un jour la maman a enlevé son manteau qu’elle a pendu au portemanteau. Un peu comme un carcan ou une protection."

Outre l’espace ouvert à Jambes les jeudis après-midi, deux "mobilbulles", modules itinérants, sont proposés dans la MJ de Basse Enhaive et dans l’Arche d’Alliance. Subsidiés de 2005 à 2008 par la ministre Fonck en tant que "soutiens à la parentalité dans les quartiers précarisés", ces dispositifs prennent appui sur des partenariats. Le Pré en Bulles a résisté contre vents et marées depuis sa naissance "et sans subside jusque 2005". Les accueillant(e) s sont bénévoles-volontaires. "Nous avons de plus en plus de travail mais de moins en moins de sous", assure Mme Godfrin. Depuis 2005, l’ONE leur octroie 6300 euros/an auquel s’est ajouté dernièrement "un petit subside ponctuel" de la ministre wallonne de l’Action Sociale.

Pré en Bulles : Espace Francis Laloux : 21, allée du Parc Reine Astrid - 5100 Jambes.