Alberto Contador est monté sur le podium de Verbier, avec la détermination d'un tueur. Les yeux du Madrilène brillaient d'un regard noir et, quatre ou cinq fois, il a battu l'air de ses bras fléchis, en signe de victoire, les poings et la mâchoire serrés. C'est dire combien l'Espagnol savourait ce succès, cette délivrance après quinze jours de guerre des nerfs larvée, de mois en fait de frustration, d'attaques et de piques.

Depuis septembre dernier et l'annonce du retour de Lance Armstrong, le vainqueur du Tour 2007 vivait mal la situation, mais loin de l'abattre, elle avait renforcé sa détermination. Aux jambes d'un coureur de pur talent, Contador allie la force morale qui font les champions. "J'avais besoin de cette étape après des jours difficiles", lâcha le nouveau maillot jaune. "Je savais que j'étais bien, mais on a toujours des doutes quant à la forme exacte des autres. Je suis heureux de ces écarts. Content aussi de prendre le maillot jaune dans ces conditions et pas comme en 2007 (NdlR : il avait bénéficié du départ de Rasmussen). Mais le Tour n'est pas fini, il reste de très dures étapes, à commencer par celle de mardi."

Son message d'hier s'est peut-être plus adressé à Johan Bruyneel, qui ne l'a jamais soutenu ouvertement, qu'à Armstrong. "Maintenant, l'équipe va devoir travailler pour maintenir cette position", continua Contador, auquel on rapporta le serment d'allégeance que venait de faire à son égard son équipier américain. "C'est un honneur que Lance dise qu'il va travailler pour moi. Il est un grand professionnel, il sait ce qu'il doit faire. Il était mon idole quand j'étais jeune, mais je n'ai pas cherché à le distancer lui personnellement, je ne le considérais pas différemment de mes autres rivaux. J'avais prévu d'attaquer à quatre kilomètres du sommet, mais les Saxo Bank ont effectué un tel travail en bas de la montée que nous ne sommes plus restés qu'à quatre ou cinq, j'ai donc préféré attaquer plus tôt que je ne le pensais."

De son côté, Andy Schleck, le seul à avoir fait mine de suivre Contador, ne renonce pas : "J'ai essayé de prendre sa roue, mais ça n'a pas réussi. On a vu qu'il était le plus fort en montagne, mais le Tour n'est pas fini, on va encore voir des choses. Je me sens très bien, après la journée de repos, qui me fera le plus grand bien, on réattaque."

© La Libre Belgique 2009