La roue tourne sans oublier le passé

Ces dernières années, beaucoup de cyclistes de renom préparent leur saison en fonction d'un objectif. Un changement qui ne plaît pas toujours au grand public mais qui est un signe des temps. Mais on dit que l'histoire est un éternel recommencement.

PAR GILLES TOUSSAINT ET MATTHIAS VAN HALST

ENTRETIENS

Ces dernières années, beaucoup de cyclistes de renom préparent leur saison en fonction d'un objectif. Un changement qui ne plaît pas toujours au grand public mais qui est un signe des temps.

«Le cyclisme a connu une grosse évolution à la fin des années 80, explique Jean-Luc Vandenbroucke. Quand j'étais coureur, les entraînements commençaient le 2 janvier, puis ensuite on se dirigeait vers la Côte d'Azur pour le début de la saison. Venaient alors les classiques, le Tour, les criteriums et les courses automnales. On participait à tout. On avait choisi de faire un métier et on savait que cela représentait 120 à 150 jours de course. Maintenant, les coureurs sont programmés à la carte. J'aimerais bien voir Armstrong gagner Liège-Bastogne-Liège, surtout qu'il en a les capacités. Et il y a aussi les coureurs de classiques. Andreï Tchmil est programmé pour deux courses : le Tour des Flandres et Paris - Roubaix. Et sa fin de saison dépendra de son classement de Coupe du Monde. Ce sont aussi les salaires qui permettent aux coureurs de se préparer pour être au top lors du Tour. Mais je pense que l'on peut ramener le maillot jaune après avoir disputé les classiques.»

BALNCIER DE L'HISTOIRE

Si les cyclistes disputent moins de courses, c'est peut-être aussi qu'il faut désormais fournir plus d'efforts... «Le cyclisme n'est pas plus dur qu'avant.»

Ce à quoi, Walter Godefroot répond du tac au tac, sur un ton humoristique: «Mais si, les cols sont plus hauts et le soleil frappe plus fort...»

L'aspect financier n'est pas étranger à cette évolution et au comportement de coureurs de plus en plus soucieux de leur confort. «On participait à une quantité de courses pour arrondir nos fins de mois, continue l'ancien directeur sportif de chez Lotto. Maintenant, en période de préparation, quand un coureur voit à la météo qu'un temps maussade est prévu, il prend l'avion pour aller s'entraîner en Espagne.»

Il n'empêche, Walter Godefroot rappelle que les coureurs qui roulaient toute la saison et voulaient tout gagner n'ont pas toujours existé: «Lors de la génération Van Steenberghen, on considérait que quand on gagnait une classique, on avait réussi sa saison. Ensuite, à l'époque de Van Looy, il fallait gagner plusieurs classiques et briller dans le Tour. Puis est venu Merckx, que l'on n'a pas surnommé Le Cannibale pour rien : il voulait toujours gagner. Et quand moi, je ne voulais pas courir une course, mon directeur sportif m'y obligeait. En fait, on est en quelque sorte revenu 45 ans en arrière. Mais entre-temps, beaucoup de choses ont changé. Les coureurs ont maintenant un gros salaire et c'est le groupe sportif qui choisit leur programme. Et ils n'ont plus besoin de disputer de criteriums.»

© La Libre Belgique 2001


Jean-Luc Vandenbroucke a, avant de devenir coureur, vécu les heures de gloire du cyclisme belge. De quoi faire naître une vocation. «Gamin, j'ai vécu les exploits d'une génération exceptionnelle. J'allais chercher les autographes de Godefroot, Merckx, Van Springel,... La Belgique est considérée, avec le Tour de France, comme le berceau du cyclisme. Pendant ma jeunesse, les Belges dominaient dans presque toutes les courses. C'est tout un peuple qui les soutenait. Je rêvais d'être coureur, mes parents ne le voulaient pas. Ils sont morts quand j'étais adolescent et j'ai suivi mon frère aîné qui participait à des courses cyclistes. Mon rêve est devenu réalité quand j'ai roulé aux côtés de mes idoles, quand ils ont fait partie de mon équipe ou quand, lors de Milan San Remo en 1976, j'ai terminé dans les premiers avec eux.»