L'impact énorme du Tour de France

La course de juillet attire toute l'attention du grand public, des sponsors et des gens qui s'intéressent au cyclisme sans en être passionnés. Cela est dû à une organisation hyper-professionnelle et aux légendes du Tour. Mais cela nuit aux autres épreuves.

Selon nos deux interlocuteurs, une des faiblesses du cyclisme est l'aspect gigantesque du Tour de France. Du professionnalisme de son organisation à la force qu'il a dans l'esprit du grand public, il est considéré comme la course de référence, au détriment des autres.

«L'impact du Tour est trop important, estime Walter Godefroot. Mais ce n'est pas de la faute des organisateurs de l'épreuve, ce sont les autres qui ne sont pas aussi professionnels. En comparant avec le football, on pourrait considérer le Tour de France comme une Coupe du Monde et le Giro et la Vuelta comme un championnat d'Europe. Quant aux classiques, elles ont peu d'impact auprès de l'opinion publique, des gens qui ne sont pas passionnés par le cyclisme. Voyez en Allemagne : Zabel y est connu, sans plus, alors qu'Ullrich est une vedette. Pourtant, le sprinter a remporté Milan San Remo, l'Amstel Gold Race, a ajouté 18 victoires à son palmarès et a ramené un cinquième maillot vert.»

«Imaginons que Merckx courre à notre époque et qu'il décide de participer au Giro mais pas au Tour...»«Il sera obligé de changer sa décision, interrompt immédiatement Jean-Luc Vandenbroucke, recevant un regard approbateur de son ancien collègue. Les chiffres du Tour sont impressionnants. Quand on voit les moyens et les résultats médiatiques de cette épreuve... D'ailleurs, on a créé la Coupe du Monde pour que le grand public se rende compte que la saison n'était pas finie après le Tour. Cette course a été mise en valeur avec tous les drames et les légendes qui s'y sont produits. Sa réputation s'est faite à l'époque des Coppi et Bartali. En outre, les journalistes français ont réussi à leur donner de l'ampleur. Et il est vrai qu'en tant que coureur, quand on arrive sur les Champs, cela donne la chair de poule, même quand on a disputé un mauvais Tour. Les Italiens vivent ça au Giro, les Espagnols à la Vuelta. Mais pour nous, Belges, notre Tour, c'est le Tour de France. Et pourtant, quand on est au coeur du peloton, on a parfois envie d'abandonner et de rentrer chez soi. Quand une équipe cherche un sponsor, la première chose qu'il demande, c'est : 'Vous allez au Tour ?' »

Paradoxalement, on remarque qu'en Belgique, les champions sont de nos jours plus tournés vers les courses d'un jour que vers les courses à étapes. «Les coureurs de Tour, cela dépend des générations, explique Jean-Luc Vandenbroucke. Quand Merckx a gagné, cela faisait 30 ans que la Belgique attendait cela. Après lui, il y a eu Pollentier, Bruyère,... qui brillaient au sommet des cols. On habite dans un petit pays avec une riche culture cycliste et des épreuves de renom. Il est logique que les jeunes soient plus tournés vers ces épreuves, qui sont des courses d'un jour.»

Cependant, la Belgique compte quelques coureurs capables de réaliser de beaux résultats dans une course à étapes majeure. Ce qui ne semble pourtant pas être leur priorité. «Franck Vandenbroucke a les qualités pour briller dans un grand tour, continue son oncle. Mais pour le directeur sportif, la base est de voir gagner ses coureurs. Et pour un cycliste, gagner une classique dans sa carrière, c'est déjà formidable. Il n'y a donc aucun intérêt à laisser passer cette chance de remporter Liège-Bastogne-Liège.»

© La Libre Belgique 2001