Moins belge, plus riche mais toujours aussi populaire

En quinze ans, le peloton a perdu une grande partie de sa coloration noire-jaune-rouge, alors que les salaires y ont connu une croissance importante. En revanche, du côté de la ferveur populaire, rien n'a changé.

A l'époque de Walter Godefroot et, dans une moindre mesure à celle de Jean-Luc Vandenbroucke, la Belgique trustait les honneurs de la petite reine. Ce qui est le cas beaucoup plus rarement maintenant.

«A mes débuts, lors d'un Tour des Flandres, il y avait aussi 200 coureurs au départ, se souvient le Hennuyer. 150 d'entre eux étaient belges. Il y avait bien quelques étrangers, mais beaucoup d'entre eux n'étaient pas des plus motivés. Lors de mon premier Tour de France, en 1978, il y avait 4 équipes belges sur 12 et elles gagnaient au moins 5 ou 6 étapes. Dans toutes les grandes courses, il y avait donc des chances importantes de succès belges. Maintenant, sur 200 coureurs, ils sont 40 belges. On travaille seulement avec l'élite.» Une présence belge moins importante qui s'explique par plusieurs facteurs. Il y a d'abord l'ouverture des frontières et l'internationalisation du peloton. «Quand on regarde le palmarès récent du Tour, qui voit-on ? Riis, un Danois, Ullrich, un Allemand, Armstrong, un Américain. Il y a 25 nations au départ.», confirme Walter Godefroot. Et l'aspect financier a pesé lourd dans la balance de l'évolution du cyclisme. «Au début des années 80, il y a eu un boum dans les salaires, se souvient Jean-Luc Vandenbroucke. Cela a commencé avec l'arrivée de Bernard Tapie. Chez Toshiba, Greg Lemond percevait l'équivalent du budget entier de l'équipe Lotto. Ce qui a engendré une évolution du budget de toutes les équipes. Ensuite est venu le classement FICP, en 1984 : chaque coureur avait des points, et en rapportait à son équipe. Donc, il a fallu avoir dans sa formation des coureurs à points. Cela a entraîné une surenchère pour les engager. Et maintenant, les budgets des équipes tournent autour des 200 à 400 millions de nos francs.» Ce qui, à côté du football, semble quand même peu élevé. «En cyclisme, quand on a un sponsor, on répète son nom. C'est un spectacle gratuit qui concerne M. tout le monde. On vit une belle ambiance, au seuil de sa maison. Il n'y a pas de violence, on n'est pas accueillis par des gendarmes. Ce sont tous des points à exploiter pour la promotion de notre sport. Quand on voit les gens au bord de la route, en famille, attendre pendant des heures avec leur casse-croûte... C'est la fête !»

© La Libre Belgique 2001


Walter Godefroot a choisi le cyclisme comme moyen d'ascension sociale. «Mes parents étaient des ouvriers. Nous avions peu de moyens. Le vélo permettait de gagner plus d'argent et d'accéder à une meilleure vie, à un statut social plus élevé. C'était, avec le football, le seul sport accessible. Quand je suis devenu amateur, j'ai été sélectionné pour les Jeux Olympiques, j'ai gagné des courses et une équipe professionnelle est venue me chercher. Avant, je faisais de la gymnastique, sport que je préférais. Mais le cyclisme rapportait plus d'argent. Quand je voyais qu'un ouvrier avait besoin de travailler toute sa vie pour avoir sa maison, alors qu'un coureur pouvait y parvenir après cinq à dix ans de carrière. Ma carrière pro a bien commencé: après trois mois, je suis devenu champion de Belgique et j'avais déjà gagné sept courses. J'étais aux côtés de vedettes. Au départ, aux côtés de Van Steenberghe ou Van Looy, je ne savais pas si je devais les appeler Rik ou Monsieur.»