La course de Merckx (Eddy) sans Merckx (Axel)

Si Andreï Tchmil n'avait pas mis fin en 1999, par un démarrage-canon qui est resté dans toutes les mémoires sportives, à dix-huit années de disette belge depuis la victoire de Fons De Wolf en 1981, on aurait pu dire qu'entre Milan-Sanremo et la Belgique, ce n'était plus vraiment une histoire d'amour

PAR PHILIPPE VANDENBERGH
La course de Merckx (Eddy) sans Merckx (Axel)
©BELGA

ÉVOCATION

Si Andreï Tchmil n'avait pas mis fin en 1999, par un démarrage-canon qui est resté dans toutes les mémoires sportives, à dix-huit années de disette belge depuis la victoire de Fons De Wolf en 1981, on aurait pu dire qu'entre Milan-Sanremo et la Belgique, ce n'était plus vraiment une histoire d'amour.

Pourtant, pendant une quinzaine d'années, de 1966 à 1981, ce fut la folle passion entre la Primavera (qui avait toujours invariablement lieu le jour de la Saint-Joseph, soit le 19 mars) et ces solides gaillards venus des brumes du Nord se réchauffer au soleil de la mer ligurienne.

Onze succès belges furent célébrés durant cette période bénie des dieux du vélo dont dix rien que pour le couple Merckx (7)-De Vlaeminck (3). Au total, en 91 éditions, les Belges ne se sont d'ailleurs imposés qu'à dix-neuf reprises. Trois avant-guerre: Cyrille Van Hauwaert en 1908, Odile Defraye en 1913, Jospeh Demuysere en 1934 et quatre après: Germain Derijcke en 1955, Alfred Debruyne en 1956, Rik Van Looy en 1958 et Emile Daems en 1962 avant les rushes du Cannibale et du Gitan.

25 ANS PLUS TARD

Cette année, il y aura exactement un quart de siècle qu'Eddy leva les bras pour la septième fois sur la Via Roma, où la course arrivait à l'époque sur la ligne d'arrivée, après la fameuse fontaine, parallèle à l'actuelle Via Aurelia. Merckx ne savait pas alors que ce serait la dernière fois. «Effectivement, dans les mois qui ont suivi, j'ai entamé ma pente descendante et cette ultime victoire - alors que je n'étais pas favori - n'en est que mieux gravée dans ma mémoire».

Une mémoire qui retiendra également qu'un jeune Belge portant les damiers de l'équipe Peugeot, un certain Jean-Luc Vandenbrouck ferrailla avec Merckx en personne avant de s'incliner et de perdre sa deuxième place pour un contrôle médical positif

Le secret de Merckx ? Sa détermination. La Cipressa n'étant escaladée qu'en 1982, le fameux Poggio, introduit en 1960, constituait la seule difficulté après le dangereux passage, étroit et couvert de gravillons, au sommet du Turchino, situé à mi-course et escamoté cette année.

Chacun savait donc que c'est dans le Poggio que Merckx allait attaquer et personne n'a jamais su lui résister, Eddy étant l'un des premiers à démontrer qu'on pouvait aussi, et surtout, gagner la course dans la descente sinueuse, sans un regard pour la Grande Bleue et les serres embaumées.

PAS DE SPRINT

Pendant son règne, Merckx ne toléra aucune arrivée au sprint: il avait fait le ménage avant. D'ailleurs, il faut tordre le cou à cette impression, relativement récente, que Milan-Sanremo est réservée à un sprinter. La faute à Zabel et même Tchmill qui ont toujours attendu les regroupements au pied de la descente du Poggio pour tirer leur épingle du jeu à un moment où l'on aurait quant même dû s'étonner de voir encore autant de garçons ensemble après 300 bornes avalées contre le vent.

Sinon de sprints il y en eut, mais à deux ou à trois, comme lorsque Fignon battit Fondriest, en 1988 puis Maessen l'année suivante. Et quand Vanderaerden, aujourd'hui directeur sportif chez Mapei, fit 2e

en 1987 derrière Maechler et 3e en 1991 derrière Chiappucci, qui avait écrasé le peloton dès le passage du Turchino et Sorensen, il avait remporté le sprint mais du peloton.

POGGIO

Le dernier à avoir fait la différence sur le Poggio est Laurent Jalabert en 1995. Le dernier à l'avoir fait dans la Cipressa, à 20 km de l'arrivée, est Gabriele Colombo en 1996.

Avant les courses tactiques que l'on sait, facilitées par ce que l'on ne savait pas assez et terminées en force par la crème des finisseurs, Tchmil et trois fois Zabel.

On risque de retrouver les mêmes aux premières loges ce samedi même si le changement à mi-course vers le Bric Betton au détriment du Turchino, grande inconnue de ce 92e

Milan-Sanremo, risque de modifier la donne. Au profit d'un Belge?

© La Libre Belgique 2001