Le Bric Berton au lieu du Turchino

Milan-San Remo vivra samedi un scénario inédit. Cette course donne le plus souvent lieu à une longue procession de cyclistes depuis la ville lombarde jusqu'à la cité balnéaire de la Côte Ligure avant d'aboutir à un sprint massif qui a permis à Erik Zabel de collectionner trois victoires ces quatre dernières années. Cette fois, il devrait en être tout autrement.

Milan-San Remo vivra samedi un scénario inédit. Cette course donne le plus souvent lieu à une longue procession de cyclistes depuis la ville lombarde jusqu'à la cité balnéaire de la Côte Ligure avant d'aboutir à un sprint massif qui a permis à Erik Zabel de collectionner trois victoires ces quatre dernières années.

Cette fois, il devrait en être tout autrement.

Cette épreuve fascine les coureurs depuis toujours parce qu'elle est longue (300 km) et que la nature de son parcours, en dépit de quelques collines en bout de course, n'est pas assez difficile pour faire la différence.

A San Remo, ce n'est pas forcément le plus fort qui l'emporte mais le plus lucide, celui dont l'état de fraîcheur permet de tirer profit de ses qualités. Dans la «Primavera», les sprinters tellement habitués à s'accrocher toute l'année, gagnent trois fois sur quatre.

Aujourd'hui, Milan-San Remo ne permet plus aucune fantaisie et n'a jamais autant fasciné les coureurs qui portent, sur le vainqueur, un regard admiratif.

BRIC BERTON

Cette année, donc, tout devrait être différent. En effet, les intempéries ont provoqué un glissement de terrain dans la montée du Passo del Turchino et la chaussée est impraticable.

Dommage, nous ne verrons plus les dizaines de cyclotouristes se donnant rendez-vous à la sortie du tunnel marquant la fin de l'escalade et prenant place sur la terrasse du bar devenu haut-lieu du cyclisme italien.

En revanche, il est très excitant de deviner le déroulement de la course depuis que l'organisateur a opté pour un changement de parcours et l'ascension d'un col, le Bric Berton, qui se décompose en trois paliers d'égale longueur mais qui nécessitera un effort de 19 km.

«Cette escalade change tout, s'extasiait le champion d'Italie Michele Bartoli, parti jeudi à la découverte du Bric Berton en compagnie de trois de ses équipiers, Fornaciari, Scinto et Cioni. La chaussée est étroite et la pente raide nécessite d'enrouler le petit plateau. Là, je l'ai franchi avec le 41x19. S'il y a la bagarre, ce sera sur le 41x17 mais ça fera des dégâts. Ensuite, la descente est dangereuse parce qu'il s'agit d'une route étroite. Je pense qu'un groupe de 30 à 40 coureurs se regroupera en tête à ce moment-là et ne devrait plus être revu.»

HOMMES FORTS

Bartoli songe aux hommes forts dont il fait évidemment partie, de même que Davide Rebellin, vainqueur mercredi de Tirreno-Adriatico, Francesco Casagrande, le numéro un mondial, Andreï Tchmil et Peter Van Petegem jamais mis en difficulté dans le dernier Paris-Nice, leur compatriote Johan Museeuw, le Kazakh Alexandre Vinokourov, le dernier vainqueur de Liège-Bastogne-Liège Paolo Bettini, le Polonais Piotr Wadecki et sans doute aussi le vieux Rolf Sörensen.

L'énigme est de savoir si Erik Zabel, anonyme la semaine dernière en Italie mais qui a peut-être caché son jeu, et le champion du monde lituanien Romans Vainstains franchiront cet écueil.

«Il peut y avoir un regroupement après le Bric Berton, assure Andreï Tchmil, mais pour cela il faudra que les équipiers de sprinters brûlent une grande partie de leurs cartouches. Elles leur manqueront pour franchir la Cipressa et le Poggio. Pour moi, c'est un homme fort qui va l'emporter.»

LES ABSENTS

C'est à se demander pourquoi le Néerlandais Michael Boogerd, lauréat de l'étape la plus difficile de Tirreno-Adriatico, n'a pas voulu faire partie des engagés. De même que Dario Frigo, vainqueur de Paris-Nice dimanche dernier.

C'est à regretter les absences de Laurent Jalabert et Axel Merckx (souffrant tout deux de blessures), de Lance Armstrong et Jan Ullrich, obsédés par le Tour de France.

C'est à ne pas comprendre le choix des trois équipes françaises Cofidis, Festina et Crédit Agricole, représentées par leurs coureurs étrangers, au point qu'il n'y aura que trois Français au départ (Barthe, Vasseur, Gougot).

C'est enfin à espérer que Marco Pantani profite de l'aubaine pour faire oublier ses tracas avec la justice italienne. Pour le grimpeur romagnol, le Bric Berton est un cadeau tombé du ciel. (REUTERS)

© La Libre Belgique 2001