A Anvers, tout le monde roule à bloc

La ville portuaire peut être fière de son statut de Métropole : elle a maintenu les trublions à l'écart et le vélo dans les coeurs

PAR PHILIPPE VANDENBERGH

AMBIANCE

«C ette ville est admirable. Des peintures dans les églises, des sculptures sur les maisons, Rubens dans les chapelles, Verbruggen sur les façades; l'art y fourmille. On recule pour admirer le portail d'une église, on se heurte à quelque chose, on regarde, c'est un puits. Un puits magnifique. De qui est ce puits ? de Quentin Metzis. (...). De qui est cette façade rococo si flambante et si riche ? De Rubens. Toute la ville est ainsi». Qui parle comme cela ? Victor Hugo, l'homme qui racontait des histoires à écrire debout, dans un courrier adressé à son épouse Adèle, datée du 22 août 1837 (la lettre, pas l'épouse).

Et c'est vrai qu'Anvers multiplie les appels esthétiques en se contentant de demeurer indolente le long de son Escaut, certaine de sa beauté chargée d'histoire, du musée Plantin-Moretus à celui des Beaux-Arts, en passant par le Steen ou le Mayer Van den Bergh, le bien nommé. L'art n'est pas le seul à y fourmiller. Il y a aussi les gens. De toutes les races, de toutes les couleurs, de tous les niveaux. Anvers est un port, le quatrième au monde après Rotterdam, Singapour et Hong-Kong et dans un port, il n'y a pas que des marins : il y a celles et ceux qui les attendent, qui les tentent ou les «patentent» puisqu'ici le commerce est roi. Et le cosmopolitisme, de bon aloi.

LE PLAT PAYS DE BREL ET BREUGHEL

Nous les Belges, on sait bien qu'à cette médaille si brillante, il y a un revers bien noir : celui du Vlaamse Blok qui, aux dernières élections communales, a encore renforcé son emprise sur la démocratie en enlevant 33 pc des sièges. On aurait pu craindre que le débarquement fransquillon engendrasse un quelconque retour de flammes sous-nationalistes. Il n'en n'a rien été. On ne dira pas que la bonne ville de Leona Detiège - tiens, ça rime avec Liège - était en état de siège mais l'oeil habitué aura remarqué un discret cordon sanitaire pour les uns, salutaires pour les autres, assuré par des pandorres équestres dont la monture nous disait dans un souffle «henni soit qui mal y pense».

C'est vrai aussi que le vélo est chevillé au coeur de tout Flamand qui se respecte. On a pu s'en rendre compte tout au long de la traversée d'un plat pays cher à Brel et à Breughel - celui des De Vlaeminck, de Van Hyfte et de bien d'autres - avec cette Flandre sur son seuil qui avait laissé ses drapeaux identitaires et ses calicots revendicatifs aux vestiaires... En attendant sans doute le prochain Ronde.

OUVERTURE ET TOLÉRANCE

La politique pourra dire que c'est un Flamand qui s'est imposé sur ses terres mais le monde et l'histoire retiendront que c'est un Belge militant pour les couleurs hollandaises voisines. Originaire de Lummen en Campine à 60 km d'ici et où le Tour passera aujourd'hui, le sympathique coureur de la Robabank a ainsi pris la robe jaune - et un diamant d'un million en prime (c'est madame qui va être contente) - sous le regard et avec les félicitations de notre couple de Souverains, installé dans les tribunes comme l'étaient Philippe et Mathilde à Wimbledon. Il a fait l'effort de s'exprimer en français au micro de France Télévision donnant de lui et de notre pays une image de tolérance et d'ouverture que certains, ici, veulent renier en bloc. Cette fois, ils devront passer leur tour.

© La Libre Belgique 2001