Kirsipuu en puissance

D'une manière générale, son nom ne revient pas aussi souvent que ceux des Boonen, Petacchi et autre McEwen lorsqu'on évoque les meilleurs sprinters du plateau. Et d'autant moins en ce début de Tour de France, «où je suis venu en me demandant ce que je faisais ici», souriait-il, hier. A l'occasion de cette première étape en ligne, Jaan Kirsipuu a pourtant dominé ses adversaires les plus véloces et créé la surprise.

Jean-Michel Manderick
Kirsipuu en puissance
©Belga

D'une manière générale, son nom ne revient pas aussi souvent que ceux des Boonen, Petacchi et autre McEwen lorsqu'on évoque les meilleurs sprinters du plateau. Et d'autant moins en ce début de Tour de France, «où je suis venu en me demandant ce que je faisais ici», souriait-il, hier.

A l'occasion de cette première étape en ligne, Jaan Kirsipuu a pourtant dominé ses adversaires les plus véloces et créé la surprise. «Dans ce métier et dans ce sport, on connait parfois des déceptions... Mais aussi de supersurpises, comme la victoire de Jaan au milieu de meilleurs sprinters!» se réjouissait Vincent Lavenu, son directeur sportif chez AG 2R, sous le maillot de laquelle Jean-Patrick Nazon décrocha, lui, la cinquième place.

Bon printemps de classiques

Surprise, un terme qu'il convient de relativiser toutefois puisque avec le fort vent de face et la légère montée qui caractérisaient cette arrivée à Charleroi, l'Estonien au physique trapu a eu l'occasion de faire parler sa puissance, lui qui totalise aujourd'hui 116 victoires chez les professionnels. «J'ai signé quelques bons résultats dans les classiques cette année! poursuivit-il. Mais depuis fin avril, je n'étais plus vraiment en condition. Hier encore, j'étais déçu de mon prologue car, d'habitude, je suis l'un des meilleurs parmi les sprinters dans ce domaine. Mais aujour- d'hui, dès la mi-course, j'ai senti que les jambes étaient bonnes. J'ai suivi assez facilement les accélérations lors des sprints intermédiaires.» Dans ces conditions, le sympathique Estonien n'avait plus de raison de douter de sa capacité à s'imposer, non sans reconnaître qu'il a joui d'un brin de chance... «Ce n'était pas un sprint rapide. Le fort vent de face et le faux plat, j'aime ça. Je suis conscient que je suis moins rapide que mes adversaires en terme de vitesse pure. Mais aujourd'hui, c'était un sprint en force. C'était aussi un peu mon jour de chance. A 500m de la ligne, j'avais opté pour la roue de Zanini, mais il n'a pas réellement emmené Boonen. Au moment de lâcher sa roue, j'ai pu prendre celle de Hushovd. J'ai fait un bon sprint. Juste a côté de moi, j'ai vu que j'avais battu Robbie McEwen, et qu'il était très fâché de ne pas s'être imposé...»

Un Tour déjà gagné!

Sous sa casquette aux couleurs de l'équipe française, Vincent Lavenu affichait évidemment un large sourire. «Jaan qui s'impose ici, dans la première étape du Tour, et en présence de tous les autres meilleurs sprinters, c'est incroyable! Nous pouvons déjà pousser un ouf de soulagement, car notre Tour est déjà gagné. Et il s'agit là de l'un des plus beaux succès de la carrière de Jaan. Nous n'avons pas la carrure d'une équipe comme la Fassa Bortolo, ni les moyens d'emmener nos sprinters dans la finale, mais Kirsipuu a su tirer profit de sa forme du jour. Il est très respecté des autres sprinters, parce qu'il a lui-même beaucoup de respect pour tous ses adversaires.»

A 34 ans et après ses succès en 1999, en 2001 et en 2002, l'ex-vainqueur de Kuurne-Bruxelles-Kuurne (2002) s'est offert une quatrième victoire dans la Grande Boucle, sans nul doute l'une de ses plus belles.

Le voilà tranquille pour la suite des opérations!

© La Libre Belgique 2004


C'était notre tour. Notre tour de saluer le Tour et on peut, sans forfanterie aucune, affirmer que, malgré la pluie qui s'est malheureusement invitée, hier, dès l'entrée de la caravane en Ardenne, le grand départ, liégeois d'abord, carolo ensuite, a été une belle réussite et une magnifique fête. Et ce n'est pas fini. Charleroi, ce matin, Namur, cet après-midi, Waterloo, demain, vont remettre le couvert. «Je suis sûr que d'ici Tournai (d'où la Grande Boucle tournera le dos à notre territoire mardi pour rentrer en France), ce ne sera qu'une double haie de spectateurs!» nous disait le ministre-président Jean-Claude Van Cauwenberghe, peu avant le prologue. Lequel a lancé de très belle manière la course, samedi, dans une Cité ardente envahie par 250.000 spectateurs. Fabian Cancellara y a réussi le premier gros exploit de cette édition mais c'est Lance Armstrong qui fut le vrai bénéficiaire de ce premier affrontement avec ses rivaux. Ullrich, Hamilton (qui est tombé, hier, sans trop de dégâts semble-t-il), Zubeldia ou même Mayo ont concédé du temps, et bien plus que prévu, à l'Américain qui a surtout échappé à toute la pression générée par le maillot jaune. On en a eu une confirmation dès cette première étape où les Fassa Bortolo ont eu à gérer de concert la position de leader de Cancellara et les légitimes ambitions de Petacchi d'enlever l'étape. Obligés de courir toute la journée derrière des attaquants, les hommes de Ferretti furent incapables, dans la finale, d'emmener au mieux leur chef de file. Et comme celui-ci n'était pas dans un grand jour, le Roi des Sprinters passa à côté de son sujet. Ce qui ouvre de très grandes perspectives à tous ses adversaires.

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