"J’ai étudié les ascensions de Froome pour Nibali"

La domination de Vincenzo Nibali s'explique en partie par le travail accompli dans l'ombre par son entraîneur Paolo Slongo.

"J’ai étudié les ascensions de Froome pour Nibali"
©Reporters
Eric De Falleur

Derrière chaque champion, il y a un homme (ou une femme), souvent un entraîneur ou un manager. Pour le maillot jaune Vincenzo Nibali, cet homme, c’est Paolo Slongo, son entraîneur depuis douze ans.

Les deux hommes se sont connus quand le jeune Sicilien, alors âgé de dix-sept ans et junior, a intégré l’équipe nationale italienne avant les championnats du monde de Zolder (2002). Slongo, docteur en sciences, Trévisan qui a aujourd’hui 42 ans, était entraîneur de la Squadra des juniors et féminines.

Relation difficile au début

"Personne ne me connaît mieux que lui", avoue à propos de son mentor le Requin de Messine, leader autoritaire du Tour de France alors que la course aborde sa dernière ligne droite, au lendemain de la deuxième journée de repos.

Malgré une relation difficile à ses débuts, car il fallut persuader Nibali, coureur à l’ancienne peu enclin à écouter autre chose que son instinct et ses sensations, de l’intérêt de cette collaboration, le tandem ne s’est quitté (officiellement) que l’an passé. Car Slongo, encore sous contrat avec Cannondale (où ils avaient travaillé ensemble cinq saisons et où l’entraîneur a eu aussi à s’occuper d’Ivan Basso et de Peter Sagan), n’avait pu suivre son protégé chez Astana. Ce fut chose faite l’hiver dernier.

"C’est passionnant de travailler à essayer de gagner le Tour de France", expliquait de manière prémonitoire en décembre dernier Slongo à VeloNews.

Une confiance aveugle

Au sein de la formation kazakhe, l’Italien est parvenu à convaincre de multiplier les camps d’entraînement, à Montecatini, et les stages en altitude à Ténérife ou San Pellegrino.

"Afin, notamment, de créer une atmosphère familiale et de groupe", dit-il. Un peu plus de six mois plus tard, Slongo, qui pour la première fois, est présent sur le Tour où il suit Nibali au quotidien, minute par minute, même, semble bien parti pour réussir son pari. Manifestement, celui qui avoue que l’actuel maillot jaune lui fait une confiance aveugle depuis son succès à la Vuelta 2010, a parfaitement permis à son coureur d’arriver en forme au départ du Tour. Il s’en est expliqué dans les colonnes de "L’Équipe". Où il a par exemple évoqué ceux qui contestent la légitimité de Nibali comme leader du Tour.

"Je regrette que Froome soit tombé, car je ne crois pas qu’il aurait posé des problèmes à Vincenzo. […] Il était atteint au mental […] Avec Contador, ils s’étaient présentés trop tôt en forme sur le Dauphiné pour s’y livrer une guerre psychologique sans grand intérêt […] Quand Contador est tombé, Vincenzo avait 2:34 d’avance et sur ce qu’on a vu jusqu’ici, il l’aurait difficilement distancé en montagne."

L’Italien est en effet souverain en montagne, au point qu’il semble ne pas souffrir. "Vincenzo est victime de son style, de sa capacité à bluffer, […] même quand il souffre, ses traits restent figés…"

Qu’il gagne ou non dimanche prochain, comme ses prédécesseurs, Vincenzo Nibali est depuis l’étape des pavés, puis son envolée dans la Planche des Belles Filles, régulièrement mis sous le feu de questions ayant trait au dopage. Une situation que comprend son entraîneur.

"C’est normal. Ce sport s’était égaré, mais avec le passeport biologique, le MPCC (NdlR : mouvement pour un cyclisme crédible, au règlement interne en matière de dopage, plus drastique que celui de l’UCI, qui regroupe de nombreuses équipes, dont Astana, mais pas Sky ou Tinkoff-Saxo), qui multiplie les contrôles, avec l’UCI, le cyclisme a changé. Comme l’a dit Vincenzo, il y aura toujours des crétins, mais les jeunes ont une autre mentalité. […] On n’a rien à cacher."

On garde les pieds sur terre

La domination de son coureur, Slongo l’explique par un travail quasi scientifique. "Froome était l’adversaire, j’ai étudié ses ascensions. J’ai vu qu’il adoptait la même stratégie que Contador. À chaque fois, il attaquait une première fois, sur un grand développement, pendant vingt à trente secondes. Puis se rasseyait pour éliminer les toxines sur un rythme plus souple, avant de porter une deuxième attaque, pendant près d’une minute trente sur une cadence très élevée pour écœurer ses adversaires, pas préparés à ce genre d’effort. […] En juin, sur le San Pellegrino (NdlR : après le Dauphiné, Nibali a passé douze jours dans les Dolomites), nous avons simulé des rythmes élevés. Sur mon scooter, j’étais Froome, je l’obligeais à me suivre, à trouver une parade. À Leeds, Vincenzo était prêt à se confronter à Froome, fort de ce bien-être psycho-physique qui habite celui qui arrive en forme au bon moment […]."

Pourtant, Paolo Slongo se refuse, on le comprend, à crier victoire.

"On a beau tout prévoir, il reste le facteur humain, la chute qui peut tout ruiner […]. Tout maillot jaune qu’il est, il reste à la merci d’une boisson trop froide, de l’air conditionné des hôtels."


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