Fausse alerte ou vrai coup de mou pour Chris Froome ?

La vérité d’une étape pyrénéenne de près de 215 kilomètres peut parfois être totalement chamboulée en tout juste 300 mètres.

Quentin Finné

Froome a laissé filer le maillot jaune sur les épaules d’Aru.

La vérité d’une étape pyrénéenne de près de 215 kilomètres peut parfois être totalement chamboulée en tout juste 300 mètres. Maîtrisée du départ jusqu’à la rampe finale qui précédait l’arrivée par une équipe Sky omnipotente, la 12e étape de ce Tour de France a soudainement glissé entre les doigts de la formation britannique. Comme si un gros caillou avait tout à coup grippé cette mécanique de haute précision. Emmené par son équipier Landa dans le dernier kilomètre, Chris Froome butta sur les derniers hectomètres de la montée vers Peyragudes, comme si la montagne avait englouti ses forces.

Sur les trois cents derniers mètres, le triple vainqueur de la Grande Boucle, 7e du jour, abandonna ainsi 22 secondes (sans les bonifications) à Romain Bardet, laissant filer du même coup le maillot jaune sur les épaules de Fabio Aru.

Une sérieuse entaille dans la cuirasse du Britannique qui ne se cherchait pas d’excuses : "J’ai vécu une journée assez difficile, surtout dans le final. Mes équipiers ont fait un super boulot mais je n’avais tout simplement pas les jambes pour conclure… Je n’ai pas de circonstances atténuantes à avancer. Je n’avais tout simplement pas les jambes dans la dernière rampe. C’était vraiment très raide, plus de 20 % je crois. Je ne peux que féliciter Bardet pour sa victoire et Aru pour avoir pris le maillot jaune. Mais la course commence vraiment, maintenant…"

Une défaite qui place le résident monégasque dans une posture neuve et inconfortable, très loin de ses standards habituels.

Il n'avait jamais perdu le maillot jaune

Chris Froome n’est pas du genre partageur. Lors des 51 journées qu’il a passées en jaune sur les routes du Tour, le leader de la Sky n’avait jusqu’à jeudi soir jamais laissé filer le maillot jaune sur les épaules d’un autre coureur. En 2013 et 2016, il avait squatté la tête du général dès la 8e étape. Lors de son deuxième succès, sa prise de pouvoir était survenue un plus tôt (7e étape) suite à l’abandon de Tony Martin. Froome et la Sky vont donc devoir délaisser la notion de contrôle qu’ils affectionnent tant puisque de traditonnel chassés, ils se font désormais chasseurs.

Il avait toujours gagné la 1ère étape de montagne

Le tableau de marche que construisent les têtes pensantes de la formation britannique dans la perspective du Tour s’articule toujours autour d’un incontournable : une victoire lors de la première étape de haute montagne. Un succès qui permet d’affirmer sa suprématie sur un terrain décisif mais aussi d’assomer psychologiquement la concurrence. Déjà devancé par Aru au sommet de la Planche des Belles Filles, c’est cette fois Froome qui a pris un coup sur la tête. Le Britannique n’est plus souverain lorsque la route s’élève.

Une famille individuelle mais pas collective

La défaillance de Chris Froome est d’autant plus surprenante que le Team Sky a maîtrisé cette 12e étape d’un bout à l’autre de la journée... ou presque. Il comptait ainsi encore trois équipiers au moment d’attaquer la montée de Peyresourde, à 15 bornes du but. Une faille individuelle que a puissance collective de l’équipe britannique aurait un temps masqué ? "C’est vrai que c’est assez surprenant de prendre un coup de mou aussi soudain", analysait ainsi Stéphane Goubert, le directeur sportif de l’équipe AG2R de Romain Bardet. "Cela peut s’expliquer par la décharge d’adrénaline qu’a dû connaître le Britannique après son tout droit au bas de la descente du Port de Balès. On se sent alors parfois plus fort que ce que l’on est réellement..."

Une saison sans victoire

Depuis 2013, année de son premier succès sur le Tour de France, Chris Froome comptait toujours au moins une victoire à cette période de l’année. Depuis l’ouverture de cette saison, le Britannique n’a encore jamais levé les bras. Un signe ?

"On va devoir changer nos plans"

Il y a avait un petit air de réunion de crise jeudi soir au sein du bus de la Sky. Les rideaux placés devant chacune des portes du mastodonte sont restés tirés un long moment avant que Chris Froome n’en redescende pour sacrifier à une séance de décrassage qu’il effectue habituellement dans la foulée immédiate de l’étape. Le regard un peu perdu vers les sommets pyrénéens, Nicolas Portal semblait déjà plongé dans une intense réflexion.

"Il n’était évidemment pas prévu que l’on perde du temps sur cette arrivée", débutait le directeur sportif français de la formation britannique. "Chris est logiquement affecté. Le plan dressé lors du briefing matinal a été parfaitement respecté... jusqu’à 500 mètres de la ligne. Dans la dernière ascension, l’équipe a démontré une grosse force collective et il était prévu que notre leader attaque dans les cinq derniers kilomètres, en fonction de ses sensations. Parfois, lorsque vous attendez les derniers hectomètres pour tout donner, l’écart est plus important qu’en se livrant plus tôt."

Mais la théorie de la Sky n’a, pour une fois, pas collé à la pratique. "Nous allons devoir nous réunir pour réfléchir à tout cela, mais il est certain que nous allons devoir changer nos plans. Je n’irai cependant pas jsuqu’à dire que cette journée change tout. Je vous rappelle que Chris n’est qu’à six secondes d’Aru ! Nous ne sommes pas familiers de ce type de situation, mais nous avons démontré que nous pouvions réagir à ce genre de contexte, comme lors de la dernière étape du Dauphiné. Quand toutes les équipes se fondent dans un même schéma, c’est là qu’il faut prendre le taureau par les cornes…"

Au moment de remonter dans sa voiture pour rejoindre l’hôtel du Team Sky à Colomiers, Portal tentait de positiver. "L’étape de ce vendredi, très courte et qui promet d’être nerveuse, sera difficile à contrôler. Et pour une fois, le poids de la course ne sera pas sur nos épaules... Cela peut jouer à notre avantage. Nous serons moins mis sous pression par les équipes adverses. Le fait que Landa reste placé dans le Top 10 (NdlR : 7e à 2:55, l’Espagnol a expliqué à Portal ne pas avoir vu Froome décrocher dans la finale) constituera un autre atout. Cela ouvre davanatge d’options tactiques. Les choses restent, en conclusion, très ouvertes..."


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