Groenewegen revient de loin après sa victoire au Tour de France: "Je me demandais si j’avais encore ma place dans le peloton"

Trois ans plus tard, Dylan Groenewegen a renoué avec la victoire au Tour.

Lehaire David
Groenewegen revient de loin après sa victoire au Tour de France: "Je me demandais si j’avais encore ma place dans le peloton"
©AFP

Samedi à Nyborg, Wout van Aert avait vu Fabio Jakobsen le passer sur le fil. Vingt-quatre heures plus tard à Sonderborg, il s’est encore fait coiffer par un sprinter néerlandais. Cette fois, son bourreau a pris les traits de Dylan Groenewegen. Le bolide de la BikeExchange déboula entre le Campinois et Jasper Philipsen, troisième.

À peine la ligne d'arrivée franchie, il se prit la tête entre les mains, laissant les larmes couler abondamment sur ses joues. "D'habitude, je ne suis pas le gars le plus émotif mais cette victoire signifie énormément pour moi. Ça a été un long chemin. Je reviens de tellement loin", dira-t-il quelques minutes après son succès, le cinquième de sa carrière sur la Grande Boucle.

Le parcours de Groenewegen est, en effet, tout sauf un long fleuve tranquille. Très impressionnant depuis ses débuts professionnels, jugé parfois arrogant quand ce n’est pas méchant par ses rivaux, il a été longtemps détesté au sein du peloton après avoir tassé Jakobsen contre les barrières lors de la première étape du Tour de Pologne 2020. Ce mouvement de l’épaule avait propulsé son rival dans le décor. La suite ? Il fallut reconstruire le visage de l’infortuné Jakobsen et Groenewegen dut observer une suspension de neuf mois.

Tout cela lui valut de ne pas disputer le Tour de France durant deux ans. Avant d'y arriver, cette fois, sous un nouveau maillot, celui de la BikeExchange. "À la fin de la saison dernière, j'ai éprouvé le besoin de changer d'air", expliqua dans ses colonnes l'ancien membre de la Jumbo-Visma lors de sa première course de l'année, le Saudi Tour. "Je sentais au plus profond de moi que j'avais besoin d'un nouveau défi. L'équipe néerlandaise a quelque peu changé d'ADN ces dernières années pour se concentrer davantage sur les courses par étapes et la quête du maillot jaune sur la Grande Boucle."

L'Amstellodamois de 29 ans a donc posé ses valises chez les Australiens de BikeExchange. Où il retrouve le sourire. Très affecté, bien qu'acteur de cette situation, par le crash de Jakobsen, il avoue avoir dû se remettre d'une longue dépression. "J'ai connu des moments de doute. Rien n'allait et je me demandais si j'avais encore ma place au sein du peloton."

Et encore ! C'était sans compter les lourds problèmes familiaux qui lui ont plombé encore un peu plus le moral. "Je veux tourner la page et regarder devant moi, assène-t-il aujourd'hui avec conviction. Parce que j'ai vécu des moments très difficiles avec la naissance prématurée de mon fils Mayson. On a fait de nombreux allers-retours à l'hôpital avec lui avant le Giro (2021). Et j'ai aussi perdu mon grand-père dont j'étais proche."

Ce dimanche, Groenewegen s'est vraiment remis la tête à l'endroit. "J'étais fâché après mon sprint de la veille. Je n'avais pas été bon."

Il avait d'ailleurs dû se contenter d'une huitième place, un classement qui ne correspond pas à sa valeur intrinsèque. "Je dédie cette victoire à ma femme et à mon fils. Ils me poussent à être meilleur."

Si son employeur se réjouit de lui avoir mis le grappin dessus l'hiver dernier, lui compte bien en gagner d'autres. Et semble se réjouir sincèrement du succès de Jakobsen samedi. "Que lui et moi soyons de retour au plus haut niveau doit constituer une fierté pour les Pays-Bas. Moi, j'en suis très heureux, en tout cas."

Il aspire déjà à un nouveau duel. À la régulière, cette fois.