Et si le Granon et Vingegaard avaient fait le plus beau des cadeaux à Tadej Pogacar ?

Le col du Granon et la Jumbo-Visma ont rendu à Pogacar son costume de David. En affrontant Goliath durant la deuxième moitié du Tour, il va pouvoir soigner son image auprès du grand public. Un commentaire de Nicolas Christiaens.

Était-ce la plus belle étape du Tour depuis cinq, dix ou vingt ans ? Chaque amoureux de cyclisme se fera sa propre idée mais tous se rejoignent pour dire qu'ils n'avaient pas autant vibré depuis belle lurette. Reste à espérer que ce feu d'artifice sur les routes du Granon se transforme en jurisprudence pour les années à venir: non, attaquer de loin dans le Tour ne s'apparente pas toujours à un suicide. Et oui, Tadej Pogacar est battable. Surtout si on ajoute la haute altitude et/ou la chaleur à une audace à toute épreuve.

Bien sûr, on attendra l'Alpe d'Huez, les Pyrénées et le chrono de Rocamadour pour tirer tous les enseignements mais il y a déjà beaucoup de raisons de se réjouir puisque le suspense a fait son retour par la grande porte alors que beaucoup de monde l'avait enterré avant même la mi-course.

Ces derniers jours, on avait même tous les symptômes des premières crispations chez ceux qui se lassaient déjà de voir Tadej Pogacar se transformer en "petit cannibale". Les leçons tactiques pleuvaient, des traditionnels réseaux sociaux à notre téléviseur, en passant par les médias spécialisés. Qu'ils soient anonymes, anciens vainqueurs de grand tour ou consultants télé, nombreux sont ceux qui ont réussi à s'agacer de la tactique des adversaires de Tadej Pogacar, celle de la Jumbo-Visma en tête, avant même l'arrivée dans la vraie montagne.

Au lendemain du tour de force de l'équipe de Jonas Vingegaard, ils sont beaucoup moins nombreux à noter que le podium du Tour serait déjà définitivement plié si Wout van Aert n'était pas arrivé en avance pour son rendez-vous avec Jonas Vingegaard au sommet du col du Galibier, puisqu'il y a fort à parier que le Danois, Pogacar et Bardet se seraient alors envolés dans la descente, puis dans la plaine, en profitant d'une locomotive verte. "Parfois, j'aimerais qu'on critique ma tactique après une victoire et qu'on l'applaudisse après une défaite", disait notamment un certain Roberto Martinez le mois dernier...

Tant mieux, finalement: le suspense demeure à tous les étages. Et c'est débarrassé de la tunique jaune que Tadej Pogacar va pouvoir redorer son blason: le Slovène, qui a pourtant tout fait pour se faire apprécier derrière son image de gendre idéal (vidéos sur les réseaux sociaux, clins d'oeil à la caméra pendant les course, disponibilité pour les médias), avait déjà commencé à agacer il y a plusieurs mois. Ce n'est pas nouveau, le grand public n'aime pas les sportifs qui dominent outrageusement leur discipline.

Heureusement, le double vainqueur du Tour va retrouver dès ce jeudi son maillot blanc et pourrait devenir celui qui va dynamiter la deuxième moitié du Tour pour essayer, jour après jour, de combler ses 2'22" de retard au classement général. Alors qu'il sera seul, ou presque, face à la terrible armada Jumbo-Visma qui devrait désormais passer en mode rouleau compresseur. Un rôle de David contre Goliath qui lui avait plutôt bien réussi en 2020, lorsque son opération remontada s'était résumée à un seul épisode: celui du contre-la-montre de la Planche des Belles Filles.

Cette fois, le spectacle pourrait durer plusieurs jours.