ANALYSE

On aura pu compter par dizaines de milliers les `God Verdom´ bien sentis qui auront sanctionné la pourtant superbe victoire d'Andrea Tafi au terme d'un haletant Tour des Flandres servi par des conditions climatiques quasi trop idéales.

Si l'on peut comprendre - sans les cautionner - les débordements sous-nationalistes qui émaillent désormais chaque compétition sportive dans le Nord du pays, l'équité sportive ainsi qu'une certaine logique de course font qu'on ne peut réduire la victoire du Toscan à un malheureux coup du hasard fait à Mère Flandre. Et ce pour plusieurs raisons.

1. D'abord parce qu'Andrea Tafi est tout sauf un `Charlot´. On ne remporte pas un Tour de Lombardie, un Paris-Roubaix, un Paris-Tours et maintenant un Tour des Flandres par accident. Une carte de visite d'autant plus remarquable que Tafi ne bénéficie pas d'un statut privilégié au sein de la Mapei. Dimanche encore, Parsani lui a intimé l'ordre de protéger la course de Nardello, le champion d'Italie, avant de pouvoir jouer sa carte personnelle. Ce qu'il a fait sans coup férir et sans rien devoir à personne, attaquant cinq ou six fois dans les trente derniers kilomètres.

2. Ensuite parce que cette victoire est aussi celle d'une équipe. La Mapei a retrouvé un collectif qu'on ne lui connaissait plus. A croire que le départ de Bartoli chez l'ennemi juré de la Fassa Bartolo du `général´ Ferreti a rendu possible cette solidarité sans laquelle un coureur refuse de mouiller son maillot pour un autre. L'équipe italienne a été la seule à placer deux hommes - et pas n'importe lesquels - dans le groupe décisif. Et leur tenaille a fonctionné à merveille mettant l'atout du vent dans leur manche. Un collectif duquel il ne faut pas exclure la science d'Eric Vanderaerden qui connaît cette course comme le fond des poches qu'il a toujours eues sous les yeux sans que cela ne l'empêche d'y voir clair.

3. C'est tout le contraire qui s'est passé pour Van Petegem et Museeuw. Pour des raisons sans doute malheureuses, ils se sont retrouvés bien isolés quand le moment décisif fut venu.

Ils tentèrent bien, chacun à leur tour, de placer une, voire plusieurs estocades mais les Italiens les ont laissés s'épuiser, bien aidés, il est vrai, par un Hincapie particulièrement passif parce qu'il se savait l'un des plus rapides en cas de sprint final.

Le plus déçu doit être Johan Museeuw qui, dimanche soir, parlait de mettre un terme prématuré à sa carrière. L'air du large qu'il affectionne tant le ramènera sans doute à de meilleurs sentiments d'ici mercredi et Gand-Wevelgem mais il sait que sa dernière chance est passée.

4. On constatera également, comme indiqué ci-contre, que le cyclisme italien redresse la tête ou redore son blason grâce à ses anciens.

Cipollini, 35 ans, à Milan-Sanremo; Andrea Tafi, 36 ans, au Tour des Flandres où il succède au palmarès à un autre Italien Gianluca Bortolami: les nombreux amateurs de cyclisme dans la Péninsule doivent être comblés alors que les procès dans les affaires de dopage vont reprendre cette semaine.

5. Enfin, si Van Petegem l'avait emporté, on aurait pu accuser les motos d'avoir favorisé son échappée. A ce niveau, la faute du commissaire-régulateur est impardonnable. A moins, bien sûr, d'une distraction.

© La Libre Belgique 2002