Magnus Backstedt, un des plus grands coureurs du peloton par la taille (1,93 m), a remporté dimanche la classique cycliste Paris-Roubaix qui est revenue pour la première fois à un Suédois.

Backstedt a devancé au sprint sur le vélodrome de Roubaix (nord) ses trois compagnons d'échappée: le Néerlandais Tristan Hoffman, le Britannique Roger Hammond et le Suisse Fabian Cancellara.

Derrière ce groupe sont arrivés ensemble les Belges Johan Museeuw, qui faisait ses adieux à la «reine des classiques», et Peter Van Petegem, le vainqueur sortant. Tous deux ont franchi la ligne en se donnant la main.

Si le public du vélodrome de Roubaix a applaudi les quatre coureurs qui se sont disputé la victoire au bout des 261 kilomètres (Backstedt, Hoffman, Hammond, Cancellara), il a véritablement ovationné Museeuw et Van Petegem, arrivés ensemble... 17 secondes plus tard.

Pour leur malheur, les deux Belges ont été victimes d'une crevaison au plus mauvais moment. A l'entrée du redoutable secteur de Camphin-en-Pévèle, à moins de 18 kilomètres de l'arrivée, pour Van Petegem qui s'est lancé ensuite dans une étourdissante remontée. Dans la traversée de Hem, à 7 kilomètres seulement du vélodrome, pour Museeuw qui avait provoqué quelques minutes plus tôt la cassure décisive en tête de la course au carrefour de l'Arbre.

Museeuw, qui faisait ses adieux à la Coupe du monde, était encore en lice pour la victoire, à l'âge de 38 ans et à trois jours de sa dernière sortie officielle (GP de l'Escaut). En quelques instants, il voyait s'évanouir ses chances -encore réelles- de remporter une quatrième fois la «reine des classiques» et d'égaler ainsi le record de son compatriote Roger De Vlaeminck. »Je me sentais vraiment très fort, je pensais gagner au sprint», expliquait ensuite Museeuw, très ému à l'arrivée. Pourquoi ne pas le croire ?

Toujours est-il qu'à peine relancé sur le vélo, Museeuw voyait revenir à son niveau Van Petegem, le vainqueur de l'année passée qui venait de distancer tous ses compagnons sur les pavés. Mais «Van Pet» n'allait pas trouver de collaboration auprès de son rival national, pas plus qu'auprès de l'Allemand Steffen Wesemann. Sans doute était-ce trop tard pour imaginer un retour possible sur le quatuor de tête, sans doute la proximité du groupe de poursuite condamnait-elle la tentative.

Sans rancune, Van Petegem laissait ensuite la cinquième place à Museeuw. Les deux hommes, les deux plus grands spécialistes des classiques de pavés, se donnaient l'accolade en franchissant la ligne. Ainsi quittait la scène un coureur d'exception dans la 102e édition d'une classique fidèle à sa tradition d'exigence mais au déroulement contrarié par un vent défavorable.

Pour s'être risqué trop tôt à l'attaque, le Néerlandais Leon van Bon a buté avant les 30 derniers kilomètres. Son coéquipier belge Leif Hoste, qui a confirmé sa deuxième place du Tour des Flandres, a fait de même après avoir dû exécuter un numéro d'acrobatie par la faute d'un drapeau flamand stupidement agité qui s'est retrouvé dans sa roue.

Tous deux, pour le compte de Lotto, avaient préparé le terrain à Van Petegem. C'était sans compter sur la crevaison, le risque inhérent à Paris-Roubaix. En cette journée bizarre, entre nuages et pâle soleil, l'Américain George Hincapie, sorti à la poursuite du Belge Tom Boonen, intenable, et de l'Espagnol Juan Antonio Flecha dans les 25 derniers kilomètres, a payé lui aussi ses efforts au Carrefour de l'Arbre. Sur ce secteur-clé, Museeuw et Backstedt n'ont été suivis que par le Suisse Fabian Cancellara, le Britannique Roger Hammond et le Néerlandais Tristan Hoffman, devenu la flèche de réserve d'une équipe CSC très performante.

Mais, au sprint, Hoffman (»je n'avais plus de forces», a-t-il reconnu) n'a pu que s'incliner face à Backstedt, calé à la corde dans le dernier virage. A 29 ans, le grand Suédois (1,93 m), révélé par sa septième place dans l'édition 1998 alors qu'il portait les couleurs de l'équipe française Crédit Agricole, donnait enfin à son pays un premier succès inattendu dans la «reine des classiques».

RÉACTIONS

Johan Museeuw, 5e: «J'étais dans un super jour. Je ne vois pas qui aurait pu me battre. Tout se déroulait parfaitement jusqu'à cette crevaison dans les derniers kilomètres. Sans cela, les quatre autres n'auraient pas eu la vie facile. Juste avant cette crevaison, j'étais arrivé à penser qu'aucun des quatre n'allait me battre et quelques secondes après, je crevais. Cela est comparable à 1996 lorsque j'étais avec Tchmil et Moncassin mais cette année-là, je n'aurais pas battu ces coureurs au sprint. Mais, ici, il ne s'agissait pas de favoris. Cette contre-performance va encore me poursuivre longtemps. Il y a quand même une chose dont je suis fier. J'avais dit que jusqu'au dernier jour, je me battrais comme un champion et que je partirais en beauté et cela se passera comme cela. Seuls les dieux n'étaient pas avec moi pour mes adieux. Cela me fait mal, très mal. Mercredi, c'est fini. Mais avec 11 courses de Coupe du Monde et un titre de champion du monde, je ne vais pas me plaindre.»

Peter Van Petegem, 6e: «Sans ce contrecoup et sans celui de Johan Museeuw, nous nous serions battus à deux pour la victoire. J'étais prêt à attaquer au Carrefour de l'Arbre et après ma crevaison, j'ai dû mener la poursuite. Dommage car j'avais les jambes pour gagner de nouveau.»

Marc Sergeant, directeur sportif de Lotto: «Aujourd'hui nous nous sommes battus contre la malchance. Nous étions à sept dans le groupe de tête. Mais après il y a eu la chute d'Hans De Clercq puis la crevaison d'Aart Vierhouten, le drapeau de Leif Hoste et enfin la crevaison de Peter Van Petegem. Il a fait une superbe remontée et on a pensé qu'il était sauvé quand il est revenu sur Museeuw mais ce ne fut pas le cas. Mais c'est Paris-Roubaix.»