Le soigneur Bernard Sainz, surnommé «docteur Mabuse » dans le milieu du cyclisme, a été écroué lundi pour n'avoir pas respecté les conditions de son contrôle judiciaire dans une affaire de dopage présumée avant le Tour de France 1999.

Il a été écroué par un juge des libertés et de la détention, conformément aux réquisitions du parquet de Paris. Le débat contradictoire sur sa détention a été différé, à sa demande, à jeudi, a-t-on indiqué de source proche de l'enquête.

Ce placement en détention provisoire fait suite à son interpellation le 27 février dernier, près de Gand lors d'un contrôle routier. Les policiers belges avaient découvert des seringues et des ampoules de produits suspects dans le coffre de son véhicule.

Connu depuis 30 ans dans le milieu cycliste, Bernard Sainz, ancien coureur de 58 ans, est le soigneur personnel de Frank Vandenbroucke, chez qui des produits dopants, dont de l'EPO (érythropoïétine), ont été retrouvés le jour de l'arrestation.

Son contrôle judiciaire dans le dossier instruit à Paris lui interdit de rencontrer des sportifs, de se rendre sur les lieux où se disputent des courses cyclistes, d'avoir des activités de «soignant » et de fournir des produits aux sportifs et de sortir de France.

A la suite de l'arrestation du 27 février, le soigneur français et le coureur belge ont été inculpés par la justice belge pour détention de produits illégaux. Après une semaine de détention, Bernard Sainz a été remis en liberté vendredi.

«Je suis ravi que toutes les suspicions qui pesaient sur moi soient levées. Je n'avais que des remèdes homéopathiques ou +phytothérapiques+ tout à fait autorisés et licites », avait-il assuré lors de sa sortie de prison.

C'est après cette libération que la juge parisienne Marie-Odile Bertella-Geffroy a délivré un mandat d'amener à son encontre afin qu'il s'explique sur le non-respect des conditions de son contrôle judiciaire dans le dossier qu'elle instruit.

Bernard Sainz a été mis en examen en mai 1999 pour «infraction à la législation sur les substances vénéneuses et à la législation sur les produits dopants » ainsi que pour «exercice illégal de la médecine », et avait passé près de deux mois en détention provisoire.

Les enquêteurs français s'interrogent sur un lot de dix seringues usagées lui appartenant et retrouvées lors d'une perquisition dans ses bureaux en mai 1999, avant le Tour de France.

Bernard Sainz a toujours affirmé que les seringues étaient destinées à ses chevaux, et non à des sportifs comme le soupçonnent les enquêteurs, et provenaient de son haras de Normandie.

Bertrand Lavelot, avocat spécialisé dans la défense des cyclistes professionnels devant leurs instances disciplinaires, est poursuivi dans ce même dossier pour «infraction à la législation sur les substances vénéneuses et à la législation sur les produits dopants ».