ANS Quand Michael Boogerd a placé son accélération juste après que, de manière assez étonnante, Lance Armstrong eut explosé dans la côte de Saint-Nicolas, on s'est dit que le Batave allait enfin réaliser son rêve, lui qui, en 99, avait été littéralement humilié, quasi au même endroit, par un Frank Vandenbroucke alors intouchable. Mais il devait être écrit quelque part que ce 89e Liège-Bastogne-Liège serait celui des défaillances spectaculaires car, après celles d'Armstrong et, un peu plus tôt, de Bartoli, Boogerd allait lui aussi passer à la trappe.

«Pour moi, cette Doyenne fut cinq kilomètres trop longue, expliquait-il. Quand Hamilton m'a dépassé, je n'ai pas pu suivre le mouvement. Il fallait que je temporise un peu. Je mesure aujourd'hui combien la marge entre un vainqueur et un perdant est infime. Peut-être m'a-t-il manqué l'un ou l'autre équipier à partir de La Redoute. Freire était certes dans mon groupe mais il ne m'a pas été d'une grande utilité car il était un peu juste dans la finale. J'ai dû consentir trop d'efforts pour tenter de contrer les attaques incessantes dans les 40 derniers kilomètres. Ces efforts, je les ai payés comptant en vue du but. Cela précisé, je suis déçu, certes, mais néanmoins content d'avoir pu jouer un rôle en vue dans la plus belle et la plus difficile des classiques de Coupe du Monde. »

Francesco Casagrande, l'hom- me qui récoltait moult faveurs auprès des pronostiqueurs, formulait davantage de regrets. «Lorsque Tyler (Hamilton) a démarré, je n'aurais jamais dû hésiter, confiait-il en sortant de la douche. Comme souvent dans ces cas-là, on attend toujours d'un autre qu'il fasse le travail et bouche le trou qui s'est créé. Je suis d'autant plus mari que mes sensations étaient excellentes dans les ultimes kilomètres de cette Doyenne. J'ai vraiment laissé passer une belle occasion d'enrichir mon palmarès d'une superbe victoire. En ce qui concerne Armstrong, je ne l'ai jamais trouvé inabordable durant la journée. D'ail- leurs, il a lancé sa principale attaque en descente. C'est un signe qui ne trompe pas. Et lorsqu'il a voulu accélérer à Saint-Nicolas, il a vite dû se rasseoir sur la selle.»

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