« Oui, c'est pour toi, Stéphanie, qui es à la maison en ce moment et qui me soutiens toujours, surtout dans les mauvais moments. Et j'en ai eu quelques-uns ces derniers temps... J'aimerais pouvoir en faire autant pour toi que tu en as fait pour moi. Sans toi, je serais perdu. Avec toi, je me sens fort, toujours plus fort, même quand le mauvais sort frappe à ma porte et donc, en cascade, à notre porte... »

C'est devenu un grand classique maintenant: quand Fabian Cancellara décroche un succès prestigieux, sa première pensée, ses premiers mots vont toujours à celle qui partage sa vie, Stéphanie - laquelle lui donnera un deuxième enfant dans les semaines à venir – ainsi qu'à sa fille Giulia, son autre grande victoire. En 2008, lorsqu'il s'était imposé à Milan-Sanremo, il avait rendu un hommage quasi identique à sa moitié. On dit que derrière chaque grand champion, il y a une femme, Cancellara est l'incarnation parfaite de ce postulat.

Après son succès, nous lui avons demandé de préciser le rôle que tenait pour lui « sa » Stéphanie.

« Je pense que pour tout sportif, mais sans doute pour tout homme aussi, la compagne de vie est celle qui te donne l'équilibre. Stéphanie est aussi celle qui me permet de me remettre en question, car elle est toujours d'une grande honnêteté envers moi. Et se remettre en question est essentiel si l'on veut progresser au sein de son couple et en dehors. La famille, elle est toujours là, dans les bons comme dans les mauvais jours. Elle constitue la base de ce que je suis devenu. Sans mon épouse, sans ma famille à mes côtés, je ne pourrais pas réaliser toutes ces performances. »

Et pour une grande performance, celle qu'il a accomplie sur le tracé liégeois en fut bien une. Aux sceptiques qui doutaient de sa bonne forme après sa quadruple fracture de la clavicule encourue au Tour des Flandres le 1er avril dernier, le Suisse a apporté une réponse cinglante. Battre Bradley Wiggins que l'on savait, lui, au sommet de sa forme, n'était pas donné à tout le monde.

« Je crois même que le fait que ce prologue se déroulait en Belgique, dans ce pays même où j'avais connu ma terrible désillusion au Tour des Flandres, m'a donné des ailes. C'était une manière de prendre ma revanche sur le sort. Cette victoire est sans doute celle que je retiendrai par dessus tout lors que je raccrocherai mon vélo au clou. Parce que j'y ai travaillé d'arrache-pied pendant 7 mois! »

Cancellara a donc une fois de plus prouvé qu’il était toujours exact aux rendez-vous qu’il se donne. A chaque fois qu’il a pris part à un prologue ou un contre-la-montre d’entame de Tour, il s’est imposé. A Liège, en 2004, il avait battu Armstrong de 2 secondes, à Londres (2007), il avait pris 13 secondes à Klöden, à Monaco (2009), c'est 18 secondes que Contador lui avait concédées, à Rotterdam (2010), Martin avait échoué derrière lui pour 10 secondes. Hier, à nouveau à Liège, Cancellara a donc bouclé la boucle. Sa femme peut dormir tranquille alors qu'elle s'apprête à lui donner l'autre cadeau de sa vie, le Suisse est décidément un homme de parole...