Chris Froome pense que la génération actuelle des coureurs cyclistes paie toujours les conséquences de l'ère Armstrong en matière de crédibilité vis-à-vis du dopage. Le Britannique s'est confié sur le sujet au site spécialisé Cyclingnews.com.

"Je suis passé pro en 2008 et j'ai pensé que c'était le bon moment. Je pensais que les années folles étaient derrière nous, mais j'ai eu le choc de ma vie quand j'ai eu 23 ans et que j'ai été engagé dans le Tour de France (qu'il a terminé en 82e position, NDLR)", a déclaré Froome sur Instagram lors d'une conversation avec l'ancien champion de cricket Kevin Pietersen.

"Je n'arrivais pas à croire ce qui se passait. Des gars ont été exclus de la course pour dopage. Cela m'a vraiment ouvert les yeux".

"Depuis lors, les autorités ont introduit le passeport biologique et cela a eu un impact énorme. Ils sont très stricts sur les contrôles maintenant. Nous devons littéralement enregistrer où nous sommes chaque jour de notre vie pour pouvoir être testés. Je pense que le cyclisme est dans un environnement formidable maintenant", a encore avancé Froome.

Interrogé sur Lance Armstrong, Froome n'a pas cité l'Américain mais évoque une période où le dopage était systématique dans le cyclisme.

"Nous devons encore nous justifier. Cela fait au moins 15 ans, et nous en parlons encore. Cela a fait beaucoup de dégâts. Cette époque a beaucoup nui au sport, mais je crois vraiment que le sport a tourné la page. Je ne pense pas que j'aurais pu gagner le Tour de France quatre fois s'il n'avait pas changé. Je pense que le sport est dans une bon environnement maintenant", a-t-il déclaré.

Questionné sur la vitesse enregistrée dans les cols, Froome a répondu : "Il est évident que nous savons ce qui se passait il y a une quinzaine d'années. Je dirais que la majorité du peloton utilisait quelque chose pour aller plus vite. Le sport est 100 fois plus propre et pourtant nous montons plus vite qu'à l'époque. La meilleure façon de l'expliquer est que notre sport a beaucoup évolué en termes de technologie, de nutrition et de méthodes d'entraînement. En tant qu'athlètes, nous sommes probablement meilleurs qu'il y a 15 ans."

Le coureur d'Ineos a quand même tempéré les performances actuelles : "cela dit, je ne pense pas que notre capacité de récupération soit la même qu'à l'époque. Utiliser quoi que ce soit pour manipuler leur sang à l'époque aurait signifié qu'ils auraient pu le faire jour après jour. Maintenant, nous allons avoir une étape monumentale et vous pouvez voir clairement qu'il y a un changement de rythme dans les les deux ou trois jours qui suivent. Tout le groupe a besoin d'aller plus lentement."

Chris Froome s'est exprimé sur le problème de leaders au sein de la formation Ineos lors du prochain Tour de France puisque les deux derniers vainqueurs du Tour (Geraint Thomas et Egan Bernal) sont ses équipiers et doivent être au départ du Tour de le 29 août à Nice. "L'équipe a une assez bonne idée de la force de chacun. Nous avons des compteurs de puissance sur nos vélos qui mesurent chaque coup de pédale. Avant d'entrer dans la course, l'équipe aura une bonne idée de notre position et de la personne qui a le plus de chances de gagner. Nous nous entendons tous bien. Vous voyez sur certaines équipes que les leaders ne se parlent littéralement pas et cela peut être toxique dans certains cas. Mais nous nous entendons bien et nous ferons en sorte que ça marche".

Froome avait été blanchi d'un contrôle antidopage anormal au salbutamol au Tour d'Espagne 2017 seulement cinq jours avant le départ du Tour de France 2018 que Thomas allait remporter. Le Britannique a été l'objet de manifestations d'hostilité du public sur les routes du Tour. Il avait pris la 3e place. Le quadruple lauréat de la Grande Boucle n'avait pu participer au Tour 2019 à la suite de sa grave chute dans le Critérium du Dauphiné quelques jours auparavant.

Le Tour de France aura du mal à éviter les rassemblements du public

Chris Froome craint que les organisateurs du Tour de France ne puissent empêcher les spectateurs de se rassembler pour regarder la course, même si l'épreuve n'était pas ouverte au public en raison du coronavirus, a-t-il expliqué dimanche à cyclingnews.com. "En théorie, la course peut avoir lieu, mais je pense que la grande question est de savoir: est-ce que les organisateurs seront en mesure d'empêcher les gens de sortir et de former des attroupements? Je pense que c'est la principale interrogation", a lancé le quadruple vainqueur du Tour de France lors de sa conversation en direct vidéo sur Instagram avec l'ancien joueur anglais de cricket Kevin Pietersen.

Le gouvernement français a indiqué qu'il ne pourrait y avoir de rassemblements de public avant septembre, ce qui fait planer un doute sur l'épreuve phare de la saison cycliste malgré son report de deux mois, à la fin du mois d'août (29 août-20 septembre), en raison de la pandémie de Covid-19.

Le ministère des Sports a cependant assuré que les annonces gouvernementales n'imposaient "ni son report, ni son annulation" mais que des restrictions sur la présence du public étaient envisageables.

Des mesures que Chris Froome estime donc difficile à appliquer, même s'il s'en accommoderait. "La course peut se disputer et être diffusé à la télévision", juge le coureur britannique de 34 ans.

"Il n'y aura pas ces scènes habituelles que l'on voit quand nous traversons ces tunnels de gens", reconnaît "Froomey" qui n'a pu regoûter à la compétition qu'en février de cette année sur l'UAE Tour.

"C'est peut-être la version de la course que nous devrons avoir cette année. Je ne sais pas", interroge-t-il.

Malgré le confinement, Froome, qui a confié récemment à L'Equipe rêver de finir sa carrière en ayant "gagné plus de Tours de France que n'importe qui" --donc davantage que cinq-- poursuit son entraînement à domicile dans sa résidence monégasque.

"Certains jours, je fais même jusqu'à six heures de home trainer", annonce-t-il expliquant que sa longue rééducation physique après sa chute l'avait "préparé d'une certaine façon pour cette période de confinement".