CÔME C'est peut-être le plus bel événement de ces dix dernières années, le plus prometteur d'un futur heureux en tout cas, qui est survenu pour le cyclisme, samedi, sur le Lungo Lario Trento, en bordure du magnifique et tranquille lac de Côme. Dans la clarté automnale, le succès dans la presque centenaire Classique des feuilles mortes du jeune champion italien Damiano Cunego, 23 ans seulement depuis un mois à peine (19 septembre), a quelque chose d'irradiant. Elle a fait passer au second plan le triplé en Coupe du Monde, pourtant très méritoire et exceptionnel, de Paolo Bettini, roi des classiques sans couronne cette année mais qui s'est couvert en août des lauriers olympiques.

Le cyclisme se débat toujours avec ses vieux démons. Il a perdu Marco Pantani au printemps et a laissé en bas du train Camenzind, Meirhaeghe, Hamilton, Museeuw et quelques autres. Une génération s'en va ou s'apprête à le faire car les jeunes frappent à la porte. Quand ils ne la défoncent pas, à l'image de Damiano Cunego (18 succès cette année) passé en l'espace du seul Tour d'Italie du rang de jeune vassal de Gilberto Simoni à celui de futur challenger de Lance Armstrong. Le Véronais découvrira le Tour l'an prochain «pour y prendre les mesures» car il se présente surtout comme un candidat à l'après-Armstrong.

Au Tour de France l'an prochain

Samedi, en devançant, dans un sprint à cinq, ses derniers compagnons d'échappée, Boogerd, Basso, Evans et Nardello, avec lesquels il avait plié la course dans la montée du Civiglio, d'abord (km 230), puis dans l'ultime difficulté, la côte de San Fermo (km 240), Damiano Cunego a réussi un «formidable» -comme il l'avoue - coup d'éclat dans un des cinq monuments des épreuves classiques. En une saison, sa troisième au plus haut niveau, l'ancien champion du monde des juniors (en 1999, chez lui, à Vérone) s'est déjà hissé au faîte de la hiérarchie.

Très bon grimpeur, excellent descendeur, bon sprinter, puncheur performant, fin tacticien malgré son jeune âge, doté d'une récupération hors norme de même que son hématocrite (52% naturels, comme une vingtaine d'autres coureurs), il est cependant un domaine où le jeune Italien doit s'améliorer: le chrono. Cunego (60 kilos pour 1,71m) est aujourd'hui encore un rouleur moyen comme l'a démontré le récent Giro où il avait concédé trois minutes sur Honchar.

Le Tour de Lombardie et surtout la Coupe du Monde auraient pu se jouer dans la montée du Ghisallo, à 45km de Côme, où Bettini apparut en difficulté avant de se ressaisir dans la descente et de revenir se caler dans la roue d'un Rebellin désabusé. Six hommes (Nardello, Sosenka, Nozal, Rasmussen, Rodriguez et Frigo) s'enfuirent alors avant d'être rejoints dans le Civiglio par les plus costauds des favoris, Basso, Boogerd, Cunego et Evans. Dans la côte de San Fermo della Battaglia, Basso tenta à nouveau sa chance avec Boogerd et Evans mais Cunego d'abord, puis Nardello purent revenir. Au sprint, le jeune Italien n'eut aucune peine à imposer sa loi.

a enlevé samedi la première classique de sa jeune carrière. (REUTERS)

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