Remco Evenepoel n'en finit plus d'étonner. A chaque fois, on pense que le poids est très (trop ?) rude pour ses jeunes épaules, mais à chaque fois il nous contredit et plus personne désormais n'affirmera qu'il n'a aucun chance de monter sur le podium, voire de gagner le prochain Tour d'Italie.

Encore cette semaine, face à des grimpeurs de renommée mondiale, Evenepoel a dominé tout le monde pour s'imposer au sommet de Picon Blanco avant de terminer troisième deux jours plus tard à Lagunas de Neila pour aller remporter le général et ainsi rester invaincu en 2020, après ses victoires à San Juan et en Algarve.


Ses prestations ont largement été commentées par les suiveurs, mais pas seulement. De nombreux grands coureurs du peloton actuel et d'anciennes gloires du cyclisme mondial sont également revenus sur les récentes prestations d'Evenepoel ces derniers jours.

A commencer par ses adversaires présents à Burgos. Mikel Landa, dauphin d'Evenepoel sur la course espagnole, a eu des mots forts pour qualifier la prestation de notre compatriote : "Il est professionnel depuis peu de temps et il ne cesse de nous étonner. Il est très fort dans tous les domaines, c'est un coureur très complet. J'ai essayé de le chatouiller mais il me semble que ce n'est pas facile", a expliqué le Basque au sujet de son attaque ce samedi dans les pentes menant à Lagunas de Neila,"On va devoir faire le maximum avant qu'il ne devienne trop expérimenté. Parce que dans deux ou trois ans, il sera impossible à battre. Il est impressionnant, il est capable de surmonter les obstacles sur tous les terrains."

Même son de cloche du côté de Ben Hermans, le Belge qui a terminé à une belle 7e place au général du Tour de Burgos et qui a vu le succès d'Evenepoel de très près : "Je m'attendais un petit peu à ce qu'Evenepoel l'emporte (à Picon Blanco, NdlR). C'est à nouveau un très grand pas pour ce garçon cette année", a expliqué le coureur d'Israel Start-Up Nation à nos confrères du Nieuwsblad.

Ancien équipier de Remco Evenepoel chez Deceuninck-Quick Step, Enric Mas était également présent à Burgos : "Je m'attendais à ce qu'Evenepoel soit en avance, j'ai toujours des contacts avec des gens de Deceuninck et je savais qu'il irait bien, je savais qu'il revenait de plusieurs semaines en altitude, qu'il s'était bien entraîné et avec de longs entraînements", a expliqué l'Espagnol qui a terminé à une décevante 35e place au général du Tour de Burgos, "mais c'est vrai que j'étais surpris qu'il ait mis une demi-minute à Bennett et Chaves (lors de la 3e étape au sommet de Picon Blanco, NdlR), même si nous savons qu'il est un grand talent et une fois de plus il l'a montré."

Son équipier actuel, Julian Alaphilippe est également revenu sur sa victoire dans nos colonnes: "Il n'y a pas grand chose à dire par rapport à Remco : il a montré qu'il était le plus fort. Il a montré tout son talent. Remco, c'est le genre de coureur qui répond avec les pédales", a-t-il répondu, pas très surpris par la performance de notre compatriote.

Mais Remco Evenepoel a également reçu des louanges de la part d'Egan Bernal et Thibaut Pinot, les deux hommes forts du dernier Tour de France et qui devraient encore faire partie des meilleurs la saison prochaine

"Il brise tous les paradigmes du sport cycliste. C'est un chiquito, il est petit, pèse à peine 60 kilos. Et malgré tout, il développe énormément de puissance. Cela le rend si unique. Il peut tout faire : grimper, descendre mais aussi rouler. Il maîtrise toutes les facettes de notre sport", a déclaré le vainqueur de la dernière Grande Boucle aux médias colombiens. 

Bernal est également arrivé très jeune au top, une tendance qu'il voit se développer ces dernières années : "Avant, on accordait beaucoup d'importance à l'expérience, mais actuellement, on tient plus à l’œil le talent et on accepte davantage que des jeunes prennent le leadership dans les meilleures équipes du World Tour."

Un avis que partage Thibaut Pinot : "Je ne suis plus surpris de voir ce genre de performances, surtout venant de lui. Il semble capable de tout. Mais ce n'est pas une surprise de voir de jeunes coureurs comme lui gagner. Cela arrive de plus en plus fréquemment."

"J'ai hâte de le voir sur le Tour de Lombardie et le Giro"

Désormais, toute la Belgique attend avec impatience les prochaines courses disputées par notre pépite. Greg Van Avermaet en fait également partie : "J'ai regardé sa prestation attentivement jeudi. J'ai l'impression que ce gars n'a pas de limite. Les progrès qu'il a fait en seulement quelques mois sont énormes. Je suis très curieux de savoir ce qu'il va pouvoir faire lors du Tour de Lombardie et du Tour d'Italie", a-t-il confié au site spécialisé Cyclingnews.

Dans sa chronique au journal Het Laatste Nieuws, Tom Boonen est également revenu sur la dernière performance du jeune loup : "Remco est un garçon remarquable. Il a disputé ce Tour de Burgos avec la maturité d'un coureur de 35 ans. Sa faim est énorme. Ce qu'il réalise à son âge, je n'ai encore vu aucun coureur le faire. Il a également un très bon regard sur la manière de voir sa carrière, beaucoup plus que beaucoup d'autres coureurs. Tout ce qu'il touche semble se transformer en or. Tout ce qu'il dit, il le réalise. Il n'a pas peur d'exprimer ses ambitions."

Des ambitions qui le mèneront donc vers le Giro et le Tour de Lombardie. Des objectifs qui ne sont pas irréalisables, selon l'ancien champion du monde : "Remco deviendra un coureur du top. Je pense qu'il est déjà capable de réaliser un très bon classement au Giro. Et pourquoi pas de remporter le prochain Tour de Lombardie. Il l'a déjà fait à la Clasica San Sebastian, même si c'était dans d'autres circonstances, après le Tour. Au contraire de San Sebastian, 95% du peloton sera motivé au départ en Lombardie. Mais même dans ces conditions, je ne doute pas de Remco", a confié Boonen.

Pour Alberto Contador, avec ce qu'il a montré, notre compatriote est même le favori numéro un du prochain Giro : "Evenepoel est capable de tout. J'ai pu discuter avec lui de ses valeurs de puissance et ils possèdent celles d'un vainqueur de Grand Tour, même si, bien sûr, des courses d'un jour ou d'une semaine, ce n'est pas la même chose que trois semaines. Ce qui sera crucial pour Evenepoel, ce sera de voir comment il se comporte en deuxième et troisième semaines des grands tours. Ce sera nouveau pour lui. Mais en termes de capacités et au vu des ses jambes, je pense qu'il sera l'un des favoris du Giro."

Une victoire sur le Tour d'Italie que la Belgique attend depuis 1978 et la victoire de Johan De Muynck. Interrogé par le Nieuwsblad, l'ancien coureur ne tarit pas non plus  d'éloges sur celui qui sera peut-être son successeur : "J'espère que Remco pourra remporter le Giro. Il a également tout fait sur et en-dehors du vélo pour devenir un grand champion, mais son corps à encore besoin de quatre à cinq ans pour être au top", nuance-t-il néanmoins avant d'imaginer le scénario parfait pour Evenepoel en octobre prochain: "Pour moi, il ne devra pas remporter le chrono d'ouverture et prendre le maillot rose. Parce que sinon, il devra contrôler la course et son équipe sera épuisée après une semaine et il sera seul. Non, à Palerme, il devra perdre le moins de temps possible et s'épargner dans la première semaine. Suivre et voir qui lâche prise. En deuxième semaine, dans la moyenne montagne, il pourra lancer quelques petites attaques. Et la troisième semaine sera déterminante. Je retiens aussi que c'est un grand fonceur. Il ose perdre."