Dans l'instant, j'ai utilisé des mots tels que souffrance, problème, difficulté, calvaire, parce qu'il s'est agi de sanctionner à chaud la meilleure équipe du moment, la coqueluche du cyclisme français (NdlR : Richard Virenque), de les sortir contre l'opinion publique. Avec un peu de recul, on s'est aperçu qu'il fallait le faire pour conserver un minimum de crédibilité au Tour 1998 et surtout démontrer que plus jamais on ne tolérerait un comportement arrogant s'appuyant sur un dopage organisé."

Le 8 juillet 1998, Jean-Marie Leblanc, alors organisateur du Tour, entame un interminable chemin de croix. Ce que le "milieu" s'accordait à passer sous silence éclate au grand jour : l'affaire Festina met en lumière le dopage organisé et systématique dans le cyclisme de haut niveau. Ce jour-là, une voiture aux couleurs de la formation suisse est arrêtée par les douanes à la frontière franco-belge. Dans le véhicule piloté par Willy Voet, l'un des soigneurs de la première équipe du monde, les douaniers découvrent un stock de produits dopants. Les aveux ne tardent pas et le directeur sportif, Bruno Roussel, reconnaît l'existence d'un dopage organisé sous contrôle médical, pour optimiser les performances...

Bouc émissaire, "chargé" "à son insu", Richard Virenque cristallise les passions tandis que le Tour vit une de ses éditions les plus noires. Grève des coureurs le 29 juillet, nouveau scandale avec la découverte de doses d'EPO dans le bus de l'équipe TVM, mise en examen du meilleur grimpeur, la crise est totale.

Si l'affaire Festina devait constituer le point de départ d'un "grand nettoyage", nombreuses furent les annonces d'un " Tour du renouveau " battues en brèche presque aussitôt par de nouveaux scandales : Ullrich, Armstrong, Landis, Rasmussen. Autant de grands noms, de vainqueurs portés aux nues, avant d'être mis au ban.

Si, légalement, le septuple vainqueur du Tour, entre 1999 et 2005, est intouchable pour des questions de forme, les doutes au sujet de l'intégrité de Lance, "l'extraterrestre", sont plus que persistants. Plusieurs échantillons révélaient en effet la présence d'EPO dans l'organisme de l'Américain, mais l'absence de possibilité de contre-expertise lui a permis de continuer à nier les faits.

Son successeur en 2006 n'aura pas cette chance : Floyd Landis, dont l'appel au Tribunal arbitral du sport (TAS) a été rejeté lundi après deux ans de procédure, a bien été convaincu de dopage à la testostérone. Il faut concéder que le coureur n'avait pas fait dans la discrétion en remportant une étape, dans une domination totale, au lendemain d'une défaillance mémorable où il avait perdu près de dix minutes.

L'an dernier, le Tour de France se passait d'Ivan Basso, l'un des rares coureurs sanctionnés dans l'affaire de dopage sanguin Puerto, et voulait croire à un cyclisme propre... Astana, et ses leaders, Vinokourov et Kashechkin, mettront vite un terme à ces espoirs. Même Rasmussen, alors porteur du maillot jaune, se voit contraint de quitter le Tour. L'organisation a un genou à terre, d'autant qu'à ce nouveau camouflet viendra se greffer la décision des chaînes allemandes de ne plus couvrir l'événement.

Une nouvelle fois, Christian Prudhomme, l'actuel organisateur, espère "du suspense, une belle course, qu'on parle de cyclisme et que le maillot jaune ne souffre d'aucun doute" pour cette édition 2008. L'exclusion d'Astana ou de Boonen témoigne en tout cas d'un souci de prévention. Néanmoins, la présence d'un coureur comme Alejandro Valverde, lui aussi cité dans l'affaire Puerto, fait tout de même grincer pas mal de dents.