Le médecin de l'équipe CSC a pris la décision de laisser Tyler Hamilton prendre le départ de cette 2e étape malgré la fracture de la clavicule qui le handicapait. «Ce qui est valable pour un patient normal ne l'est pas pour un coureur, disait-il. C'est un monde à part. Comme je l'avais fait au Giro 2002, je lui ai donc administré des antidouleurs (autorisés) et je lui ai fait un taping de manière à soutenir un maximum son épaule droite. Il a une résistance à la douleur supérieure à la norme; je l'ai laissé partir parce que je ne voulais pas qu'il puisse formuler des regrets ensuite pour n'avoir pas tout essayé.»

Inutile de dire que cette décision ne fait pas l'unanimité parmi ses confrères. Le Dr Castiaux, ancien médecin du Sporting d'Anderlecht, peut partiellement comprendre le dilemme auquel le Dr De Maeseneer à dû faire face. «C'est toute la problématique particulière à la médecine sportive. On évolue dans un équilibre instable. Il faut composer avec la santé du patient et les intérêts de ce dernier dans la discipline qu'il exerce. Si la clavicule est bien immobilisée, Hamilton pourrait tenir le coup. Il faut espérer qu'il ne tombe plus, car, dans ce cas, la cassure pourrait se compliquer singulièrement, voire se transformer en fracture ouverte.»

Le Dr de Mondenard, lui aussi une sommité en matière de médecine sportive, mais en France cette fois, apparaît nettement plus virulent!

«Vous me demandez si c'est responsable de l'avoir laissé partir? répète le médecin, qui a interrompu ses consultations parisiennes pour répondre à nos questions. Evidemment que non! Pour qu'une fracture se résorbe, il faut immobiliser le membre. Comment voulez-vous que l'épaule soit correctement maintenue quand on tire six heures par jour sur le guidon! En outre, dans ces étapes de plat hyperrapides, il faut constamment avoir les mains sur le guidon, être prêt à parer à toute éventualité, sauter sur les freins, éviter les écarts. Quand on est blessé comme l'est l'Américain, on ne peut rouler dans des conditions minimales de sécurité. Tout ce qu'il risque c'est de retomber et de se faire plus mal encore. Voilà le résultat de la médiatisation à outrance. Et ces coureurs-là se prennent pour des héros! En outre, avec le cocktail chaleur, effort physique et médicaments, Hamilton pourrait très bien faire un malaise. C'est nul. C'est du dopage. Tout cela pose la question des médecins d'équipe. Entre le fait de soigner ou de garder un athlète performant, le docteur ne devrait jamais avoir d'états d'âme!»

© Les Sports 2003