La Belgique attend ses champions dimanche dans le Tour des Flandres, joyau de l'art cycliste flamand, que Peter Van Petegem et Johan Museeuw abordent avec le rang de favoris.

De Bruges à Meerbeke, sur un parcours de 264 kilomètres hérissé d'obstacles, un peuple en habits de dimanche espère la victoire de l'un des siens. Car le `Ronde van Vlaanderen´, accessoirement deuxième manche de la Coupe du monde, appartient au patrimoine des Flandres dont le symbole, lion noir stylisé sur fond jaune, est souvent brandi au passage des coureurs du côté du vieux Quaremont ou du célèbre mur de Grammont.

Réunis dans une ferveur commune, les Flamands se reconnaissent en Johan Museeuw (36 ans), l'autre lion des Flandres, qui s'apprête à disputer son dernier `Ronde´. Vainqueur à trois reprises sur la chaussée de Meerbeke, le coureur le plus souvent victorieux en Coupe du monde maîtrise les paramètres d'une course à laquelle il a participé à treize reprises depuis 1989.

Avant de rejoindre Meerbeke, le parcours traverse la grande plaine des Flandres en passant par Gistel, la ville de Museeuw où les habitués du café-brasserie `Le Tourmalet´ lui font fête, puis aborde la zone des monts qui commence aux alentours d'Audenarde à une centaine de kilomètres de l'arrivée.

VAN PETEGEM IRRÉSISTIBLE

La répétition des côtes et des secteurs pavés, les innombrables changements de cap où le coureur bute sur le vent de la mer, la difficulté de se repérer dans ce dédale champêtre envahi par la foule, ajoutent à la complexité de ce steeple-chase géant.

Pour avoir terminé l'épreuve à douze reprises, Museeuw connaît les secrets de toutes ces routes qu'il emprunte souvent à l'entraînement. En revanche, il découvre en course le nouveau Koppenberg, cette côte courte mais effroyable des Ardennes flamandes rayée du parcours après l'édition 1987. `Les monts et les pavés, c'était déjà galère,

disait l'ancien champion français Bernard Hinault. Mais, avec le Koppenberg en plus du mur de Grammont, cela tenait davantage du cirque que de la course cycliste!´ Museeuw, première chance de l'équipe Domo, a affiché ces derniers temps une forme de bon aloi. Moins, toutefois, que Van Petegem, irrésistible voici trois ans dans les monts flandriens et de nouveau impressionnant ces dernières semaines.

`Van Pet´, 32 ans, a gagné début mars `Het Volk´, sorte de Tour des Flandres en miniature. Il a survolé les Trois Jours de la Panne, l'ultime répétition du `Ronde´ course qui s'est terminée jeudi. Lors de sa victoire de 1999, il avait procédé à l'identique.

S'est-il exposé exagérément? `Que je gagne ou non à La Panne, j'aurais eu l'étiquette de favori´, a répondu avec bon sens celui qui est devenu l'unique chef de file de l'équipe Lotto après le forfait de son compatriote Tchmil après une chute mercredi dernier. En perdant Tchmil, l'équipe belge a réduit sa puissance collective face aux formations étrangères, venues en nombre dans le peloton.

L'Italie croit en Paolo Bettini qui, à cause d'un refroidissement la semaine passée, s'est fait oublier derrière l'imposante silhouette de son coéquipier Stefano Zanini. Mais le malin Toscan, passé tout près de la victoire dans Milan-Sanremo voici deux semaines, est sans doute le plus à même de poursuivre la belle série italienne (4 succès depuis 1990), sauf si Michele Bartoli retrouve ses jambes de pur-sang.

L'Allemagne mise sur Erik Zabel et Steffen Wesemann, un duo parfaitement complémentaire. Les Etats-Unis, qui n'ont jamais vu l'un des leurs figurer au palmarès de cette formidable course, peuvent jouer George Hincapie, le dernier vainqueur de Gand-Wevelgem. A moins que Lance Armstrong, la star du mois de juillet, cherche à atteindre l'inaccessible étoile chantée par Jacques Brel.

© La Libre Belgique 2002