PORTRAIT

On reparlera encore longtemps de cette incroyable image de Rick Verbrugghe réajustant par deux fois ses lunettes du bout de son nez à son front alors qu'il était en plein sprint. Pour un peu, on aurait revu les films des archives Pathé quand Roger Rivière se repeignait avant de franchir la ligne d'arrivée. Ce ralenti sur disque dur, qui est d'ailleurs une invention liégeoise de la firme EVS, ne loupe aucun détail. Les coureurs soucieux de leur image - suivez mon regard - ont bien compris tout l'intérêt qu'ils pouvaient tirer de cette vitrine médiatique mais on doute que Verbrugghe en ait voulu faire l'usage.

LE MEILLEUR COUREUR BELGE

Ce qu'il y a de beau dans cette victoire c'est qu'elle ne doit strictement rien à personne si ce n'est à son auteur qui, de surcroît, n'en n'est pas à son coup d'essai cette saison. N'a-t-il déjà pas gagné cette année le Critérium International (en enlevant deux des trois étapes dont un clm), la Flèche Wallonne (après avoir fait 2e l'an dernier), le prologue du Giro (et le maillot rose) à la moyenne record de 58 km dans l'heure.

Et voilà qu'il s'adjuge sans coup férir une étape du Tour, 9 ans après le dernier coureur d'une équipe belge et, acccessoirement, 29 ans après le dernier coureur wallon, Joseph Bruyère à Versailles en 1972, lors du quatrième Tour consécutif gagné par Merckx. Pas mal pour un garçon qui vient de fêter lundi ses 27 ans et qui entre donc dans la force de l'âge. «D'autant qu'il fait très bien son métier» souligne Claude Criquielion, le directeur sportif des Lotto mais aussi, le confident et..l'ex-idole «Il sait faire les bons choix. Moi-même, je doutais de la longueur de son interruption après le Tour de Romandie. Je dois bien reconnaître que j'ai eu tort malgré son départ du Tour contrarié par une chute et une légère commotion dix jours avant le prologue de Dunkerque.

UN CARACTERE FORGE EN ARDENNES

Originaire d'Hélécine, où sa mamam flamande l'éduqua, lui et son frère Ief (néo-pro au Lotto et qui fêtera lui son 26e anniversaire aujourd'hui) dans les deux principales langues nationales, Rik Verbrugghe habite aujourd'hui à Vaux-sous-Chèvremont, dans la région liégeoise avec son épouse Valérie et leur petite Daphnée. Il connaît donc les côtes wallonnes comme sa poche car c'est là qu'à force d'entraînement, il a forgé son fond assorti d'une jolie pointe de vitesse.

Les résultats plaident pour lui: il est le meilleur coureur belge du moment, ni plus, ni moins. Surtout depuis que Franck Vandenbroucke s'est mué en fantôme.

Très racé sur un vélo, volontaire et intelligent, Rik Verbrugghe dégage aussi une sympathie naturelle, ne disant jamais un mot plus haut que l'autre, laissant parler les actes. Il a encore un an de contrat avec les Lotto mais on l'annonce un peu partout, surtout en Espagne.On le regretterait mais ce serait bien son tour de toucher le gros lot.

© La Libre Belgique 2001