Connaissez-vous Hubert Opperman (le premier champion australien, 12e du Tour 1931, vainqueur de Paris-Brest-Paris), Sid Patterson (double champion du monde de poursuite sur piste) ou Graeme Gilmore (12 succès dans les Six Jours) ? Sans doute moins que Phil Anderson (le premier Australien porteur du maillot jaune, vainqueur du Dauphiné, de l’Amstel, à Francfort, Zurich ou Paris-Tours) voire Danny Clark (quatre fois champion du monde sur piste, seul Sercu a gagné plus de 6 Jours que lui).

Assurément moins, en tout cas, que Brad McGee, Cadel Evans, Stuart O’Grady ou Robbie McEwen. Tous ceux-là, mais d’autres encore sont quelques-uns des champions cyclistes qu’a connus sur route mais aussi sur piste l’Australie.

Ce n’est évidemment pas un hasard si l’UCI a attribué l’organisation des championnats du monde sur route 2010 à Melbourne, Geelong et l’Australie. Depuis une dizaine d’années maintenant, le cyclisme des antipodes a subi un fameux coup d’accélérateur qui ne se marque pas uniquement par les formidables résultats des pistards "down under" sur les vélodromes du monde entier. Désormais, et même si la victoire d’un Australien se fait encore attendre dans un grand tour (Evans a fini deux fois deuxième du Tour), l’époque héroïque où les coureurs australiens venaient courir en Europe comme des mercenaires est révolue.

Même si ce n’est pas un indicateur absolu de la bonne santé d’un cyclisme national, le nombre de coureurs "aussies" appartenant à une des dix-huit formations du ProTour est monté cette année à vingt-quatre. Un chiffre qui est évidemment encore loin des contingents italien, espagnol, belge ou français, mais qui est à peine moindre que celui des Allemands (29), supérieur à celui des Russes (20), des Américains (19), des Danois (15) ou des Suisses (8), autant de nations que l’on imaginait plus dans la tradition du sport cycliste que l’Australie et qui bénéficient de surcroît (sauf la Suisse) de la présence d’une ou plusieurs équipes ProTour.

Et cela, alors que Cadel Evans, le champion du monde, fait, lui, partie d’une formation continentale pro

Avec une course, le Tour Down Under, au calendrier ProTour, et une future équipe du plus haut niveau Pegasus, qui vise le ProTour et une participation au Tour de France dans les deux ans, le cyclisme australien est dans l’ascenseur. Ses coureurs pointent cette année au 4e rang mondial, après l’Espagne, qui domine, l’Italie, mais juste derrière la Belgique.

"En 1978, se souvient Allan Peiper, l’ancien excellent coureur des années 1980, aujourd’hui directeur sportif chez HTC-Columbia, j’avais dû prendre à ma charge tous les frais pour disputer le mondial juniors aux Etats-Unis. Nous n’avions aucun encadrement; aujourd’hui, il y a une vraie structure à la fédération, avec des scouts, des coaches, des médecins, kinés, mécanos Quand je suis arrivé en Belgique, alors que j’étais amateur, j’ai d’abord dû dormir dans une auberge de jeunesse. Je dormais avec des soûlards, tenant d’une main mon vélo et de l’autre ma valise de peur qu’on me les vole."

Aujourd’hui encore, la plus grande partie de la saison se déroule en Europe et, pour les coureurs Australiens, cela reste une aventure.