La nouvelle, tombée hier matin, précisant que Frank Vandenbroucke ne roulera plus cette saison, on la sentait venir depuis plusieurs jours maintenant. Après son abandon sur le Tour d'Espagne, dans le courant de la 7e étape, on pressentait qu'il n'était plus du tout dans le coup pour ce dernier tiers de la saison. Les tests médicaux qu'il a subis à son retour en Belgique n'ont, du reste, laissé planer aucun doute en ce sens. «Il n'est plus compétitif», coupe Patrick Lefevere, le team manager des Quick Step-Davitamon.

Comment expliquer cette défaillance après que le coureur hennuyer eut signé un retour très prometteur durant le printemps dernier, lorsqu'il termina notamment 2e du Tour des Flandres et meilleur Belge à l'arrivée de Liège-Bastogne-Liège (11e) et de l'Amstel Gold Race (19e) ? «Le seul reproche que je peux aujourd'hui lui formuler, poursuit Patrick Lefevere, c'est celui d'être resté non pas quatre ou cinq jours sans vélo mais bien deux semaines sans entraînement à la sortie des classiques printanières. Je crois qu'à ce moment-là, il a perdu une bonne partie de la base qu'il avait retrouvée. Il a trop voulu tirer le frein à main. Et, ensuite, sont venues se greffer les différentes maladies et infections qu'il a chopées durant l'été, comme au Tour du Luxembourg en juin ou au stage de Livigno en juillet, ce qui n'a fait qu'accentuer son retard au niveau de la condition.»

En perte de vitesse

Et, sur la Vuelta, malgré ses apparitions au Tour de l'Ain ou au Championnat de Zurich, ce manque flagrant de ressources s'est manifesté de manière criante et inéluctable. «Quand vous n'êtes pas bien physiquement, vous finissez aussi par sombrer psychologiquement», observe Patrick Lefevere.

Evidemment, cette perte de vitesse dans le chef de Bimbo va apporter de l'eau au moulin de ceux qui n'ont jamais cru à son retour au sommet.

Repartir à zéro

Et au sein même de son équipe actuelle, où son contrat court jusqu'à fin 2004, les doutes commencent à fleurir.

«Je m'attends à ce qu'il effectue un travail foncier digne de ce nom durant l'hiver pour être finalement prêt comme il se doit à la reprise l'an prochain, énonce Patrick Lefevere. Cela dit, si j'étais PDG d'une entreprise normale et non pas responsable sportif d'une équipe cycliste, il y a longtemps que Frank aurait déjà reçu un courrier recommandé chez lui. Il y aurait des raisons pour le licencier. Frank, c'est comme une carte téléphonique dans laquelle il n'y a plus d'unités! Maintenant, il faut repartir de zéro.»

Au niveau contractuel, il y a fort à parier, par conséquent, que Vandenbroucke ne sera plus rémunéré, en grande partie, qu'à la prestation. Un deal qui pourrait, au fond, se révéler très intéressant pour lui aussi.

A condition, bien sûr, qu'il accepte de se faire violence.

© Les Sports 2003