Voilà un bout de temps qu'Oscar Freire attendait cette victoire en Coupe du Monde. Depuis qu'il avait enlevé son premier titre mondial, à Vérone, en 1999, on se disait qu'il avait le potentiel pour devenir un bon coureur de classique. On le voyait d'abord plutôt gagner Paris-Tours ou la Hew Classic de Hambourg car l'Espagnol avait été très vite catalogué dans la catégorie des sprinters. En remportant Milan-Sanremo samedi, devant le gratin du cyclisme mondial, s'il a confirmé son statut d'excellent finisseur, il s'est aussi imposé comme un coureur d'avenir, qui pourrait bien évoluer à la Bartoli ou à la Museeuw.

«Voilà qui me ferait énormément plaisir», confiait-il, en aparté, juste avant de monter sur le podium, à une jolie journaliste d'une télévision locale italienne, qui avait brûlé la politesse à tous ses confrères pourtant plus routinés. «Ces deux coureurs sont des exemples pour tous. Mais je sais que le chemin est encore long avant de pouvoir leur ressembler.»

Il n'empêche que, pour tous ceux qui ont suivi de près sa carrière, Oscar Freire est en train de devenir un vrai coureur complet, capable de se défendre partout. «La mentalité espagnole évolue«, explique encore l'ancien double champion du monde. «Regardez Astarloa et Valverde, ils ont suivi ma voie. Aujourd'hui, certains jeunes coureurs espagnols rêvent de remporter le Tour des Flandres ou Liège-Bastogne-Liège, alors qu'avant, chez nous, on ne pensait qu'aux épreuves à étapes. Dans cette logique, je compte bien participer à toutes les classiques de printemps, y compris les vraies flamandes. Paris- Roubaix est la seule sur laquelle je ferai l'impasse.»

Imaginez l'émotion au pays de Cervantes, où l'on collectionne, cette saison, les maillots mondiaux, que l'arc-en-ciel soit horizontal ou vertical! Au prochain Tour des Flandres, Oscar Freire se présentera, en effet, vêtu du maillot blanc de leader de la Coupe du Monde, qu'il a chipé à Bettini. «Mais je ne me fais quand même pas trop d'illusions«, précise Oscar, alors que son épouse, la brune et charmante Laura, le mitraille pendant toute la conférence de presse avec son appareil muni d'un téléobjectif. «Si Bettini a fait de cette coupe son premier objectif, comme c'était le cas ces deux dernières années, il sera difficile de la lui disputer. Mais chaque saison est différente. La preuve, il n'a pas gagné au- jourd'hui, alors qu'il était le grandissime favori de cette Primavera. Et puis, remporter la dernière édition de la Coupe du Monde, voilà qui me plairait pas mal!»

Mais on ne peut quitter Oscar Freire sans lui rappeler que si Zabel n'avait levé les bras trop tôt, il n'aurait sans doute terminé que deuxième. «On ne peut jamais être sûr, mais il est vrai qu'Erik a commis une faute de débutant. En outre, j'ai bénéficié de l'excellent travail des Fassa Bortolo, ainsi que celui d'Erik Dekker, qui après avoir attaqué à deux reprises, m'a encore ramené dans le sillage direct de Petacchi, à 800 mètres de l'arrivée...»

© La Libre Belgique 2004