La machine à fantasmes n’aura donc pas dû attendre la fin des Pyrénées pour être relancée. Il aura suffi d’une ascension fulgurante, d’un Froome hors de portée pour remettre sur les rails la question du dopage qui n’attendait que le premier train pour pouvoir s’inviter.

D’un point de vue purement "scientifique", la performance de Froome semble en tout cas avoir dépassé le stade "humain" fixé en termes de puissance développée. Selon bien des études, le cap symbolique du dopage répond aujourd’hui à des paramètres relativement précis : au-delà de 410 watts pendant 20 minutes (en fin d’étape), un coureur de 70 kilos voit en effet une "présomption de dopage" peser sur lui.

Comparaison étant parfois raison, Chris Froome se sera ce samedi offert le luxe de développer 434 watts durant près de 25 minutes pour un poids semblant aujourd’hui tomber sous les 70 kilos ! "Il s’agit d’une performance de très haut niveau mais parfaitement crédible et humaine", juge ainsi Paul Van Den Bosch, l’entraîneur de Sven Nys et de plusieurs coureurs de l’équipe Lotto-Belisol.

"Humain, trop humain", aurait sans doute rétorqué Nietzsche si l’occasion lui en avait été donnée. D’autant que l’effet de contraste entre un Froome virevoltant et un Contador aux abonnés absents n’aura fait que noircir les points d’interrogation. Avec 361 "petits" watts développés contre 434 sur la même ascension en 2010, le "Pistolero" sera samedi apparu démuni de toute munition. "Disons que sur une montée courte comme celle menant à Ax 3 Domaines, la performance de Froome n’est pas vraiment surprenante pour un athlète de cette envergure. Ce qui l’est plus, je le concède, c’est celle de Contador qui a développé 361 watts. On aurait pu attendre mieux de sa part."

Hier matin au moment de débriefer le premier passage par les Pyrénées, les raccourcis étaient donc rapidement empruntés. A Contador, l’eau claire, à Froome, la potion magique - l’Espagnol ayant, il est vrai, abusé des "bonnes choses" par le passé.

Reste que le faisceau de présomptions n’est rien sans preuves matérielles pour le valider. Même l’inscription de Froome juste en dessous de Lance Armstrong (possédant la deuxième meilleure performance de l’histoire dans la montée de cette ascension, derrière Leiseka mais devant Froome, troisième).

Mettant l’accent sur le changement tactique des Sky, le manager de Froome, Dave Brailsford, aura toutefois décidé de botter en touche et de détourner la tête face à toutes les supputations : "On a trop souvent dit que nous roulions toujours défensivement, avec l’œil fixé sur les watts, jugeait Dave Brailsford, le manager de l’équipe britannique. Nous trouvions ces critiques déplacées et injustes pour nos coureurs. Cette année nous avons donc pensé à attaquer et avons construit notre sélection dans ce but. Je crois que samedi, nous avons montré que nous pouvions avoir du panache." Un panache peut-être trop panaché que pour prétendre à la sincérité.