Terminer treizième, ça peut parfois porter chance. C'est certainement ce que pensera Daryl Impey, coureur sud-africain de 28 ans. Un anonyme du peloton, un sprinter de seconde zone qui accède à la lumière jaune du Tour de France, grâce à une cassure entre les sprinters et le reste du peloton dans le dernier kilomètre. L'Afrique aura dû attendre cent Tours de France, mais elle tient enfin son premier maillot jaune. Tout cela ferait presque passer au second plan la victoire magistrale d'André Greipel, dans un sprint où tous les protagonistes ont enfin pu défendre leurs chances.


Un fuyard Maté par le peloton

Les 167 kilomètres entre Aix-en-Provence et Montpellier n'ont pas fait le bonheur des fuyards. Luis Angel Maté sort d'entrée pour montrer le maillot d'une équipe Cofidis qu'on n'avait pas encore vu ailleurs qu'en queue de peloton. L'Espagnol prend rapidement cinq minutes d'avance, mais se rend compte que seul, ça ne va pas le faire. Il reste plus de cent kilomètres quand le fuyard est avalé par un peloton qui n'était visiblement pas d'humeur à accorder des bons de sortie.

 

Des allures d'Alpe d'Huez

La suite de l'étape est menée à toute allure. Par les équipes de sprinters ? Non. Ce sont les Saxo Bank, les BMC, les Sky et les Belkin qui se taillent la part du lion en tête de peloton. La Provence prend alors des airs d'Alpe d'Huez, avec les équipes des favoris du Tour qui prennent la direction des opérations. Tout ça à cause de ce vent annoncé violent et de côté dans la finale, alors qu'il souffle finalement dans le dos. Résultat : poussé par les bourrasques, le peloton se sent pousser des ailes et boucle l'avant-dernière heure de course à 49 kilomètres à l'heure de moyenne.

 

Cav' au tapis

Peloton nerveux, course rapide : la chute était évidemment inévitable. La première fois, c'est Cavendish qui goûte au bitume héraultais, à une trentaine de bornes du but. Le Britannique revient dans le peloton, mais les séquelles sont aussi importantes que l'effort consenti pour faire la jonction.

Sous la banderole des dix derniers kilomètres, c'est Janez Brajkovic qui perd le contrôle de sa machine. Le Slovène, leader d'une Astana qui avait déjà perdu Kessiakoff en début de journée, prend onze minutes dans la vue et peut faire une croix sur le top 10.

 


Greipel mis sur orbite

Devant, les Argos - Shimano prennent le contrôle. Un peu tôt. Tout profit pour les Lotto, qui peuvent lancer la machine aux deux kilomètres. Si le train belge avait déraillé à Marseille, exposant Greipel au vent bien trop tôt, la machine est cette fois bien huilée : Sieberg sous la flamme rouge, Roelandts aux 500 mètres, et puis Henderson qui ouvre la cage à deux hectomètres de la ligne blanche pour libérer le Gorille.

Cavendish tente l'extérieur, mais trop tôt : le Britannique est débordé par Sagan et Kittel, qui ne peuvent rien faire pour contester un Greipel qui commençait à en avoir assez de ne gagner que des sprints intermédiaires. Belle consolation pour une équipe Lotto privée de son autre leader Jurgen Van den Broeck, non-partant au départ d'Aix-en-Provence. Sagan, lui, continue sa collection de deuxièmes places, à en faire pâlir d'envie Raymond Poulidor.

 

Orica offre le jaune à Impey

Pendant ce temps, Gerrans se relève et laisse tranquillement Daryl Impey filer vers le premier maillot jaune africain de l'Histoire du Tour. La consécration pour un anonyme du peloton, jusque là uniquement connu pour avoir été la victime de Théo Bos dans un sprint du Tour de Turquie. Le Néerlandais avait alors réalisé une véritable prise de judo sur Impey.

Mais qu'importe : après le bus, après les deux étapes et la tunique jaune de Gerrans, Orice - GreenEdge continue à squatter les coups de pub de cette première semaine de Tour avec un maillot jaune offert à l'Afrique. Prochaine étape, faire à nouveau gagner un sprint à Matthew Goss ?