Voilà quelques jours que l'équipe Discovery Channel loge dans le même hôtel que nous mais les coureurs et le staff de la formation américaine se gardent bien d'avoir des contacts avec le «monde extérieur». En réalité, les coureurs occupent une aile totalement séparée du reste de l'hôtel. Parfois, on les voit bien sortir de leur tanière et effectuer une brève promenade dans le jardin mais Armstrong et sa compagne Sheryl Crow, par exemple, mettent rarement le nez dehors. Tout juste a-t-on pu les voir, la main dans la main, sortir de «leur» restaurant pour regagner l'appartement cossu qu'ils occupent.

Heureusement, dans cette discrétion qui frise la paranoïa, un homme reste disponible, Jim Ochowitz, l'ancien manager de l'équipe Motorola (celle, notamment, où Lance Armstrong côtoya Axel Merckx). Toujours affable, Ochowitz, qui continue de tirer de nombreuses ficelles dans l'entourage immédiat du sextuple vainqueur de la Grande Boucle, est l'un de ceux qui connaissent le mieux Armstrong, de même que le meilleur ami de celui-ci, George Hincapie, vainqueur de Kuurne-Bruxelles-Kuurne cette année, du prologue du Dauphiné, et 2e de Paris-Roubaix derrière Tom Boonen. C'est d'ailleurs du New-Yorkais (il a fait ses débuts cyclistes à Central Park, en compagnie de son frère) dont allait essentiellement nous entretenir Ochowitz. Il faut dire que la quatrième position d'Hincapie lors du contre-la-montre initial tenait de la prouesse.

«Je ne parlerais pas de prouesse, rectifiait l'ami Jim, parce que cela voudrait dire alors qu'on ne s'y attendait pas. Or, après son remarquable Dauphiné, juste avant le Tour, on savait que George détenait une belle forme. Sa performance ne m'a nullement étonné. Et lors du contre-la-montre par équipe, c'est lui, tout autant que Lance Armstrong, qui donnait le ton.»

«Top 5 à Paris»

En dehors des classiques (il a aussi gagné Gand-Wevelgem), Hincapie aura fait sa carrière au service de son chef de file et ami. Il ressentira certainement un grand vide lorsqu'Armtsrong raccrochera son vélo au clou à la fin de ce Tour. Mais n'est-il pas prêt, justement, à reprendre le témoin au sein d'une équipe qui, fatalement, se cherchera sans doute un peu quand le Texan vaquera à d'autres occupations (où gérera tout simplement sa belle fortune!)? «C'est amusant car j'y ai déjà souvent pensé, ces derniers temps, répond Jim Ochowitz. Aujourd'hui, il a pour lui une grande expérience du Tour (la plus grande après Armstrong), une force phénoménale en contre-la-montre et des qualités athlétiques qui lui permettent d'aller très loin en montagne. Assez loin pour gagner un jour le Tour? Je n'irais pas jusque-là mais, s'il parvient à s'économiser (alors qu'actuellement, lors d'une étape avec cinq cols par exemple, il travaille comme un fou dans les 4 premiers et ne perd pied qu'au milieu du 5e !), il pourrait sans doute accompagner les meilleurs pendant très longtemps. Dans ces conditions, s'il est bien coaché par sa direction sportive, ce qui sera de toute façon le cas, il est capable, selon moi, d'entrer dans le Top 5 final à Paris.»

Ce qui en ferait un leader de rechange idéal aux côtés d'un jeune loup, du genre Popovych ou, puisqu'on parle beaucoup de son transfert chez Discovery, d'un certain Alexandre Vinokourov...

© Les Sports 2005