Lorsqu'ils compulsent le livre de route d'un grand tour, les suiveurs ont l'habitude de qualifier de «transition» l'étape qui était proposée hier à la convoitise des concurrents du Giro. Au nombre desquels, comme attendu, on ne compte plus désormais Philippe Gilbert, rentré au pays après le chrono.

C'était donc, a priori, une étape qui ne doit pas jouer un rôle essentiel dans l'élaboration du classement final de l'épreuve, sur laquelle les sprinters font une croix et que les baroudeurs peuvent mettre à profit pour tenter d'aller chercher un succès partiel. Joan Horrach, de l'équipe Caisse d'Epagne-Iles Baléares, a pleinement réussi dans cette dernière entreprise. Victorieux de ses derniers compagnons d'échappée, eux-mêmes rescapés d'un groupe de quinze parti au km 8, l'Espagnol, 32 ans, a conquis hier le plus beau succès de sa carrière.

Fracture pour Laiseka

«Nous n'avons personne pour le classement général, nous avons donc toute liberté pour aller dans les échappées. Ce succès ne changera rien pour moi, sauf qu'il restera un très beau souvenir», a dit le Majorquin, charpentier de formation.

Son compatriote Roberto Laiseka, victime d'une fracture de la rotule a, quant à lui, sans doute vécu le jour le plus noir de sa carrière, laquelle pourrait d'ailleurs se terminer dans l'aventure, le Basque ayant bientôt trente-sept ans. Ce qui est presque l'âge de Serguei Honchar (36 ans en juillet) qui est également tombé dans cette chute, se blessant au genou. Le coéquipier d'Ullrich a surtout laissé six minutes, par rapport aux ténors, dans la finale difficile de l'étape.

Sella 4 éme du «général»

Et des chutes, il y en a eu d'autres, hier, notamment quand, dans les derniers kilomètres de l'étape, Mori et Sella, échappés, tombèrent à deux reprises dans l'ultime descente, étroite et tortueuse, perdant toute chance de s'imposer. Au contraire de Mori, lequel aurait sans doute gagné au sprint, le petit Sella se consolera grâce au joli bond qu'il a effectué au classement général. Le coureur de Panaria (3 éme ), est désormais 4 éme du général, où Wladimir Belli, 6 éme de l'étape, pointe, lui, au 5 éme rang.

Mais dès aujourd'hui, l'arrivée du Giro en montagne risque de bouleverser tout, même si, hier encore, l'Italien Ivan Basso est apparu comme un maillot rose très solide, parfaitement entouré par ses équipiers.

«C'était une étape difficile, mais aucune étape n'est facile, soit à cause du parcours, soit à cause de l'allure », expliquait hier le leader du Tour d'Italie. «Ce Giro ressemble de plus en plus au Tour. Même les départs d'étape sont rapides. Dans le final, on n'a pas pris de risque. On savait qu'il y avait eu des chutes. La prochaine étape? Le San Carlo est un vrai col, il devrait y avoir des changements au classement général.»

Dès aujourd'hui, le Giro va effectivement entrer dans sa partie montagneuse.

© Les Sports 2006