La mort à 34 ans du champion cycliste italien Marco Pantani, apparemment consécutive à une grave dépression, est «un gâchis» aux yeux du directeur du Tour de France Jean-Marie Leblanc qui, interrogé dimanche par l'AFP, s'est dit «à la fois surpris et pas surpris» par cet épilogue.

Pantani avait remporté le Tour en 1998.

«Je suis surpris parce qu'un champion est terrassé à 34 ans. Et pas n'importe quel champion: Marco a laissé une trace extrêmement forte parce qu'il était un grimpeur, un grimpeur à panache. Tout le monde se souvient de ses attaques dans le Galibier ou à Luz Ardiden», a-t-il expliqué.

«Pas surpris parce que nous savions tous qu'il n'avait pas bien négocié le passage entre le temps du succès, de la gloire et de l'argent et le retour à la vie civile. Sans doute était-il trop seul, pas bien ou pas du tout entouré, trop faible face aux tentations. C'est un gâchis».

«Je suis toujours perplexe de voir la somme de volonté, de caractère, de force, de détermination qu'il faut pour devenir un champion et l'incapacité à faire preuve des mêmes aptitudes à l'heure de la retraite sportive», a-t-il constaté.

Jean-Marie Leblanc a rendu un hommage au vainqueur du Tour 1998, marqué par le scandale Festina. «Il avait d'une certaine manière sauvé le Tour 98 en lui donnant une touche de panache et de sport qui, sans lui, aurait fait défaut».

Il a voulu garder du coureur le souvenir de l'homme «heureux» qui, en octobre 2002, était venu à Paris poser avec tous les anciens vainqueurs de la Grande Boucle pour la photo du Tour du Centenaire.

«C'était un garçon timide, introverti mais, ce jour-là, je l'ai senti heureux. Pas démonstratif mais fier d'être au sein de la famille des champions cyclistes, comme un bonheur d'être intégré dans la caste.»

Jean-Marie Leblanc s'est aussi souvenu que Pantani avait vécu «avec une certaine amertume» de n'être plus retenu pour le Tour lorsque ni lui, ni son équipe n'avaient retrouvé un niveau digne de l'épreuve. «C'est la loi de toute sélection», a-t-il noté.

Comme beaucoup d'autres voix dans le milieu cycliste, le directeur du Tour de France a vu dans l'éviction de Pantani du Tour d'Italie 1999 «la cassure» au-delà de laquelle le destin du coureur s'est joué. S'il a reconnu que les démêlés judiciaires de Pantani et leurs répercussions médiatiques avaient à l'évidence contribué à son mal-être, Jean-Marie Leblanc n'a pas tenu ces éléments pour exclusivement responsables de la dépression. «L'individu y est aussi fatalement pour quelque chose. C'est un tout», a-t-il jugé.

Professionnel depuis 1992, Marco Pantani avait acquis une énorme popularité en Italie et en Europe grâce notamment à ses performances dans les Tours de France et d'Italie qu'ils avaient remportés tous deux en 1998, à l'apogée de sa carrière sportive.

Poursuivi par des suspicions de dopage après son éviction du Tour d'Italie 1999, il avait progressivement été en proie à la déprime au point de se faire interner en juin 2003 dans une clinique spécialisée. Même s'il n'avait pas annoncé formellement sa retraite sportive, nul ne s'attendait plus depuis cette date à le revoir en compétition sur un vélo.