Même s'il remporte Paris-Roubaix dimanche et égale par la même occasion le record de Roger De Vlaeminck, Johan Museeuw ne deviendra pas Monsieur Paris-Roubaix. Un surnom qui colle à la peau du Gitan qui, outre ses quatre victoires, est aussi monté à cinq reprises (quatre fois 2e et une fois 3e) sur le podium. Johan Museeuw n'est pas loin avec trois succès, une 2e et deux 3es places. «Pour un Flamand, rien ne vaut une victoire au Tour des Flandres, assure-t-il. Mais Paris-Roubaix est, bien sûr, une course extraordinaire.»

Où le Flandrien a vécu toutes les situations et connu toutes les sensations. Longtemps, au contraire du Ronde qu'il gagna une première fois en 1993, la reine des classiques s'est refusée à lui. En 1994, battu à la photo finish une semaine plus tôt par Bugno au Tour des Flandres, Museeuw voulut prendre sa revanche. Il faisait un temps de chien et le Paris-Roubaix qu'allait gagner Tchmil entrera dans l'histoire comme l'un des plus pénibles de l'histoire.

Un succès longtemps refusé

Lorsque son ancien équipier, avec lequel il avait un contentieux attaqua, Museeuw se lança à sa poursuite et commit l'erreur de vouloir revenir trop vite sur lui.

Monté de surcroît sur une machine spéciale dont le cadre, il ne le savait pas, était fendu en trois endroits différents, Museeuw s'éteignit comme une bougie privée d'oxygène.

L'année suivante, c'est au profit de son équipier Franco Ballerini, que, piégé par le jeu tactique, il contrôla. Douze mois plus tard, pour le Centenaire de l'épreuve, Museeuw allait enfin triompher mais le premier de ses trois succès, acquis devant ses équipiers Gianluca Bortolami et Andrea Tafi, selon l'ordre établi par la hiérarchie de la Mapei, fit couler beaucoup d'encre et généra des polémiques sans fin.

On a craint l'amputation

Le pire était pourtant à venir. En avril 1998, Museeuw chuta dans la Tranchée d'Arenberg, se brisant la rotule. Mal soignée, la blessure s'infecta. Le mercredi suivant, pendant la Flèche wallonne (elle se disputait alors trois jours après Paris-Roubaix), Patrick Lefevere parla même d'amputation, d'inquiétante gangrène... La carrière du Lion fut mise entre parenthèses mais il allait revenir plus fort que jamais.

Son exceptionnelle force athlétique, conjuguée à un impressionnant tempérament de gagneur, permit à Johan Museeuw de signer encore deux succès en quatre éditions. En 2000, le coureur de Gistel se lança dans un solo de quarante bornes à l'issue duquel il afficha son bonheur revanchard sur le sort en exhibant son genou meurtri deux ans plus tôt. L'image est encore dans toutes les mémoires. Les symboliques se succédèrent d'ailleurs pour lui sur le vélodrome roubaisien où Johan enleva, en 2002, la 100e édition de Paris-Roubaix, sa dixième classique de Coupe du monde (Hambourg allait suivre), après un nouvel exploit solitaire. En attendant dimanche?

© Les Sports 2004