Ce dimanche, il a fait un temps de chien sur les routes du Giro. Notez que cela devient une habitude et que les coureurs commencent presque à s’y faire. Pour Victor Campenaerts, ce n’est même plus un problème. Il se sent comme un poisson dans l’eau quand les éléments se déchaînent. Il fallait le voir descendre à fond vers Gorizia ! Un bolide sur sa machine. Son compagnon d’échappée, Oscar Riesebeek, cédait du terrain à chaque virage et devait produire un effort colossal pour revenir dans sa roue. Cela coûta beaucoup d’énergie au géant néerlandais, équipier de Mathieu van der Poel chez Alpecin-Fenix, qui ne put que s’avouer vaincu au sprint par notre compatriote.

Lui, le détenteur du record de l’heure, véritable spécialiste du contre-la-montre, touchait enfin la récompense à ses nombreux efforts. Depuis le départ de Turin, il avait souvent montré son maillot blanc et noir aux avant-postes. Sans succès jusqu’à ce raid dominical. Même lui avait du mal à se rendre compte qu’il s’était adjugé la 15e étape. "C’est complètement fou !", lança-t-il après l’accolade avec son mécanicien. La pluie glissait sur son casque toujours un peu trop grand, alors qu’un franc sourire lui traversait le visage.
A 29 ans, l’Anversois signe là sa plus belle victoire dans une course en ligne. Il avait bien gagné une étape de la Ruta del Sol en 2017 et une autre il y a deux ans à Tirenno-Adriatico, mais, jusqu’ici, il avait surtout cueilli des prix à l’issue d’efforts contre le chrono. Double champion d’Europe (2017 et 2018), il fut également médaillé de bronze lors des Mondiaux 2018.

"La meilleure publicité"

Réputé pour son tempérament offensif, on disait parfois de lui qu’il n’opérait pas souvent les bons choix tactiques. Ce dimanche, il a tout fait comme il fallait. "Nous n’avons pas de coureur pour briller en montagne. Donc, c’est sur ce genre de parcours que nous devons nous illustrer", dit-il. "On avait cerclé de rouge cette étape, on la voulait. Dès le premier kilomètre, on a tout donné." Il s’est donc retrouvé avec deux de ses équipiers, Max Walscheid et Lukasz Wisniowski, parmi les fuyards. "Ils m’ont dit qu’ils étaient prêts à travailler pour moi. Ils me faisaient confiance. Ça m’a mis la pression, mais j’ai répondu présent." Et il a offert à son équipe Qhubeka ASSOS son troisième succès sur ce Giro, après ceux de Mauro Schmid et Giacomo Nizzolo. "Nous cherchons à nouveau un sponsor principal pour l’an prochain", ajoute celui qui avait déjà vécu de l’intérieur la disparition de NTT Pro Cycling à la fin de la saison dernière. "Avec ces trois succès, nous avons fait notre publicité." Notre compatriote a également confirmé qu’il n’a pas froid aux yeux et que la persévérance finit souvent par payer.