ÉCLAIRAGE

Hormones: en Belgique, le mot fait peur depuis l'assassinat du vétérinaire Karel Van Noppen (qui travaillait notamment pour l'Institut d'expertise vétérinaire ou IEV), le 20 février 1995 près de son domicile. Il tentait de dénoncer une véritable «mafia des hormones» pourrissant le milieu des engraisseurs. Ses assassins avaient été condamnés au mois de juin 2002, sans que le problème de fond soit éradiqué.

Historiquement, d'abord à cause de son «marché intérieur», ensuite pour l'«exportation», la Belgique a fait figure de plaque tournante de trafics d'hormones. Pis: des réseaux (parfois «croisés» entre organisations) étant ainsi créés, certains ont été utilisés aussi pour la distribution d'amphétamines et d'ecstasy (ou XTC). Les perquisitions ayant permis aux enquêteurs de découvrir chez des trafiquants à la fois de l'XTC et des hormones n'ont rien de rare.

Côté laboratoires aussi, la densité semble importante, en Flandre du moins. De surprenantes découvertes le montrent, comme en novembre 1998, lorsque 90 kg de produits hormonaux du cru dérivant dans un canal de Dixmude avaient été évalués à plusieurs centaines de millions d'anciens francs par le parquet de Furnes.

Des jambes et des ailes

Pourtant, on ira vite en besogne, et même trop vite, en plaçant la naissante «affaire Museeuw» dans ce cadre. D'abord parce qu'il y a hormones et hormones, ensuite parce que la gravité des faits qui pourraient éventuellement être établis serait sans commune mesure (le conditionnel étant strictement de rigueur, puisqu'on n'en était même pas au stade de l'inculpation, jeudi). En l'occurrence, a précisé le parquet, il s'agirait cette fois de produits destinés à l'usage humain. Donc sans doute au dopage.

Et si un vétérinaire semble impliqué dans ce nouveau dossier, il n'y a de paradoxe qu'apparent, le milieu colombophile étant également cité dans l'enquête, de même que celui de l'équitation. Il est vrai que le monde animal paie lui aussi son tribut: fin 1998 déjà, le tribunal correctionnel de Courtrai condamnait un vétérinaire (travaillant aussi à l'IEV) pour dopage de chevaux de course.

Le milieu médical ou paramédical n'est pas non plus exempt de reproches. Faut-il rappeler le rôle de Willy Voet, le soigneur belge de l'équipe Festina interpellé en possession de produits dopants, en juillet 1998? Ou la découverte en février 2002 chez Frank Vandenbroucke de substances similaires, à la suite de l'interpellation de Bernard Sainz, réputé être le «Dr Mabuse» du cyclisme?

Quant au Dr Georges Mouton, s'il se dit innocent, la justice liégeoise le poursuit néanmoins, détention préventive comprise, pour le dopage à l'EPO et à la DHEA de dizaines de sportifs. Il comptait parmi ses clients cyclistes et athlètes parfois très renommés, comme Frank Vandenbroucke, Luc Leblanc, Saïd Aouita ou Mohammed Mourhit (ils n'ont pas été inquiétés).

Mais s'il faut éviter l'amalgame entre l'«affaire Museeuw» et d'autres, il reste que les réseaux sont parfois similaires et que l'enquête en cours avait été entamée à cause de suspicions portant sur un trafic d'hormones pour bétail.

© La Libre Belgique 2003