Voir le nom d'un sprinter apparaître sur la plus haute marche du podium à l'arrivée du GP de l'Escaut n'a rien de surprenant. Mais hier, Ludovic Capelle et son pote Jaan Kirsipuu ont déjoué tous les plans des formations Lotto- Domo et Telekom, pourtant bien décidées à offrir à Robbie McEwen et Erik Zabel un sprint royal.

Mais comme à l'époque (pas si éloignée) où ils évoluaient ensemble sous le maillot de l'équipe AG 2R, Jaan Kirsipuu et Ludovic Capelle, son ancien «poisson-pilote», sont sortis du peloton à une bonne dizaine de bornes de l'arrivée, en compagnie du Quick Step Servais Knaven, et de Steffen Darochla. «J'ai longtemps cru que le peloton reviendrait sur nous, avoua le champion estonien. Mais Ludo était convaincu du contraire. Il possède une excellente lecture de la course, et a fait preuve d'intelligence».

Et lorsqu'à un peu plus de 500 mètres de la ligne, le Namurois plaça son accélération, son ami, avec lequel il est encore parti en vacances l'été dernier, n'a guère esquissé le moindre geste. De là à voir un lien entre leur amitié et ce «coup de pouce» de l'Estonien... «J'avais déjà fait un gros effort pour aller rechercher Knaven qui avait attaqué, sourit Kirsipuu, avant d'avouer, mais c'est vrai que je n'ai pas eu la même réaction face à Ludo que face à quelqu'un d'autre.»

Après avoir parcouru 200 kilomètres dans le groupe de tête, dimanche dernier, à Paris-Roubaix, Capelle a confirmé sa bonne forme du moment, conjurant par la même occasion le mauvais sort qui s'acharnait sur l'équipe Crédit Agricole-Colnago jusqu'ici: «Cela fait quelque temps que je me sens bien. Depuis Waregem, j'ai un moral d'enfer. A Roubaix, j'aurais pu terminer dans les dix premiers si j'avais été moins nerveux. Je suis conscient de ne pas avoir le même talent qu'un Tom Steels ou un Frank Vandenbroucke, mais je fais partie des coureurs qui travaillent le plus. De plus, l'équipe a joué de malchance depuis le début de la saison, et là, c'était notre heure.»

Ludovic Capelle avait pressenti qu'il y avait un coup à jouer avant un possible sprint massif. «A quelques kilomètres de l'arrivée, j'ai parlé à Jaan. Et il m'a dit qu'il n'avait pas les jambes du sprinter. De mon côté, je lui ai dit que je sentais que les équipes comme Lotto ou Telekom allaient tergiverser en vue de la ligne. J'ai eu une bonne intuition. De toute façon, si l'arrivée s'était jouée sur un sprint massif, j'aurais tout donné pour Tom Steels. Mais là, je peux remercier Jaan Kirsipuu de m'avoir renvoyé l'ascenseur», conclut le Namurois, rayonnant après le 8e succès de sa carrière.

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