ÉCLAIRAGE

On dit souvent de l'Italie qu'elle est le berceau du cyclisme. On pourra demain, à l'horizon 2010, dire que la Belgique a été, sans doute involontairement, le théâtre des grandes décisions qui auront modernisé le cyclisme professionnel tout en assurant sa mondialisation.

Celle-ci fut portée sur les fonts baptismaux, en 1986, à Bertem, près de Louvain, par un président de la fédération internationale du cyclisme professionnel, et futur grand patron du vélo mondial: Hein Verbruggen. Il était question d'une Coupe du Monde, d'un classement UCI et de nouvelles courses à l'étranger. Le nouvel ordre mondial, qui devrait sortir ses effets à partir de 2005, a été initié à Hasselt, le 11 octobre dernier, dans la foulée des championnats du monde de Zolder. La question a ressurgi lors d'une réunion de toutes les familles du cyclisme à Bruxelles, deux jours avant Liège-Bastogne-Liège.

Depuis, le Conseil du cyclisme professionnel s'active sur le sujet afin de lui donner corps, comme le détaille le quotidien «L'Equipe» dans son édition du mardi 1er juillet. On lira ci-dessous les grandes lignes de ce projet qui consiste en gros à épouser une tendance actuelle de tous les sports professionnels de haut niveau, à savoir créer une sorte de Super Ligue Pro, de cercle fermé en mettant les meilleurs coureurs dans les meilleures équipes et les meilleures équipes dans les meilleures courses. Un élitisme qui ne veut pas dire son nom et qui cadre mal avec l'esprit, plutôt conservateur et populaire, du milieu cycliste.

Seulement voilà. Plus qu'éreinté par l'affaire Festina, le cyclisme du IIIe Millénaire ne peut assurer sa pérennité qu'en faisant preuve d'un professionnalisme accru. Songeons aux sponsors. Ils déboursent des sommes de plus en plus importantes sans être certains du retour sur investissement en cas, par exemple, de non participation au Tour de France. Un sponsor change alors de stratégie et c'est toute une équipe qui disparaît.

Manque de lisibilité

Songeons aussi au manque de lisibilité actuel du cyclisme. Qui fut numéro 1 l'an dernier? Lance Armstrong, vainqueur du Tour de France? Paolo Bettini, vainqueur de la Coupe du Monde? Erik Zabel, leader du classement UCI ou Mario Cipollini, champion du monde?

Songeons aussi à la compétition. Les grands champions d'aujourd'hui ne se croisent presque plus dans les courses. Ullrich et Armstrong ne se sont rencontrés que deux fois cette saison avant le Tour de France. Difficile pour le suspense.

Songeons enfin aux organisateurs. Certains se dépouillent pour maintenir leur épreuve et doivent tourner eux-mêmes quelques images pour que la télévision s'y intéresse. Ce n'est pas tenable. Raison de la disparition du «Midi Libre».

Preuves qu'il fallait avoir le courage de tenter quelque chose. Car ce sont les pros qui donnent envie aux jeunes de courir...

© Les Sports 2003