Cyclisme
Qui l'eut cru ! Alors que certains prédisaient déjà un deuxième Tour consécutif sans victoire d'étape pour la Belgique, Jan Bakelants, le puncheur de la Radioshack, a surpris tout le monde dans les rues d'Ajaccio. Le Belge a résisté au retour d'un peloton amaigri dans les derniers kilomètres pour conserver une seconde d'avance sur Peter Sagan. Un avantage aussi minime qu'important, puisqu'il offre également au rouquin ce maillot jaune que tous désiraient depuis que Kittel avait lâché prise dans les premières difficultés du Tour.


Le jaune s'envole déjà

Comme samedi, Boom prend la poudre d'escampette dès le drapeau abaissé par Christian Prudhomme. Le Néerlandais emmène avec lui l'Espagnol Perez Moreno, le Canadien Veilleux et le Français Kadri. Le quatuor prend rapidement trois minutes d'avance sur le peloton, et aborde groupé les premières difficultés de l'étape.

Boom surprend ses trois compagnons d'échappée au sommet de la première côte, avant de lâcher prise dans la suivante. Blel Kadri prend le dessus et joue les filles de l'air dans les premiers pourcentages significatifs de ce Tour de France. Des pourcentages et un travail aussi impressionnant qu'incompréhensible de la FDJ qui coûtent cher aux sprinters. Certains annonçaient les Cavendish, Greipel et même Kittel capables de suivre dans cette étape, mais le Col de la Serra leur aura déjà été fatal. Il reste 75 kilomètres, mais déjà une certitude : le maillot jaune changera d'épaules au terme de l'étape. Entre-temps, Voeckler a tenté de jouer les filles de l'air, mais a été rapidement repris. Quand on n'est pas largué au classement général, c'est tout de suite moins facile de faire le show devant le peloton.



Kadri joue de malchance, Rolland se joue de Kadri

Parti vers le maillot à pois, Kadri est victime d'un problème mécanique au beau milieu de l'unique ascension de deuxième catégorie du parcours. Pierre Rolland en profite pour sortir du peloton, déposer son compatriote et décrocher les cinq points au sommet du Col de Vizzanova, suffisants pour se parer d'un maillot de meilleur grimpeur qui n'intéresse visiblement que les Français.

Rolland se laisse aller dans la descente, et est bientôt rejoint par un peloton qui compte les survivants à ce triptyque de milieu d'étape avant de reprendre sa route vers Ajaccio. Les hommes de Gilbert et de Sagan, les deux coureurs les plus souvent cités pour la victoire d'étape, font le travail dans le long faux-plat descendant, et c'est un peloton encore relativement conséquent qui pointe le bout de sa roue avant au pied de la Côte du Salario, placée à douze kilomètres de l'arrivée.



Froome se teste...et ça fait mal

Ce mur d'un petit kilomètre, à du 10% de moyenne, inspire Cyril Gautier, le quatrième Europcar à montrer le maillot depuis le début de l'étape. Le Français sort en compagnie de Flecha, quelques mètres devant un peloton emmené par les Sky. Richie Porte augmente le rythme, puis s'écarte. Et là, surprise de taille : Christopher Froome attaque ! Le grand favori du Tour offre déjà un premier coup de panache à ses détracteurs. Personne ne peut suivre sa roue, pas même les Evans, Mollema, Contador et Van den Broeck, qui a rassuré en restant avec les favoris.

Gautier sème Flecha, et résiste au retour d'un Froome qui se contente d'une claque psychologique à ses adversaires et rentre dans un peloton ramené par Nicolas Roche. Gautier ne tarde pas à être englouti par la meute, et c'est au tour de Chavanel de porter les coureurs tricolores aux avant-postes. Cinq hommes bondissent dans la roue du Français : Izagirre, l'excellent coureur Euskaltel, Mori (Lampre), Fuglsang (Astana), Flecha (Vacansoleil) et notre compatriote, Jan Bakelants.



Chavanel et Izagirre laissent filer Bakelants

L'écart atteint rapidement les dix secondes. Derrière, Sagan ne peut compter que sur le seul De Marchi pour tenter de ramener le peloton. Pas suffisant pour réduire l'écart. La Garmin s'en rend compte, voit un maillot jaune promis à Millar lui filer entre les doigts, et délègue ses dernières forces vives en tête de la meute.

Chavanel tente de relancer devant. Izagirre le marque à la culotte. Le peloton se rapproche, et Bakelants tente le tout pour le tout à un bon kilomètre de la ligne. Le Belge passe sous la flamme rouge, Chavanel et Izagirre tentent de faire le bond, mais ne s'entendent pas. Les cinq compagnons de Bakelants ne gagneront pas. Reste à résister à un peloton lancé à toute allure dans la roue d'une équipe Astana qui croit vraiment en les chances de victoire de Gavazzi - à moins qu'elle ne cherche déjà à enroler Sagan l'an prochain.



Bakelants crée l'exploit

Bakelants tire la langue, pédale comme jamais pour résister. Derrière, les Orica-GreenEdge lancent le grand emballage. Sagan prend le dessus, facile. L'avance de Bakelants fond comme neige au soleil. Mais le Belge tient bon. Première victoire professionnelle pour le natif d'Audenarde, lui qui n'avait jamais vraiment pu confirmer sa victoire sur le Tour de l'Avenir en 2008. Mieux encore : pour son premier Tour de France, Jan conserve une miniscule seconde d'avance sur Sagan et Kwiatkowski. Un avantage minuscule, avec des conséquences gigantesques, puisque Bakelants endosse le maillot jaune.

En parlant de maillot jaune, justement, Marcel Kittel perd le sien en terminant à plus de 17 minutes. Avec tous les sprinters, et avec Thomas De Gendt, complètement hors du coup, et qui doit sans doute déjà dire au revoir à ses rêves d'un bon classement final à Paris. À moins d'en profiter pour partir dans une échappée-fleuve dans les jours qui viennent, et offrir une deuxième victoire d'étape à la Belgique ?



Un maillot jaune à défendre

Notre cyclisme national oubliera en tout cas le noir et le rouge lundi, pour ne plus penser qu'au jaune. Un maillot que Jan Bakelants défendra bec et ongles sur les 145 kilomètres qui séparent Ajaccio de Calvi. La tâche s'annonce ardue sur un parcours encore plus accidenté, avec un col de Marsolino dont les trois kilomètres à du 8% de moyenne pourraient servir de juge de paix avec un sommet placé à treize kilomètres du but.