Lance Armstrong, sextuple vainqueur du Tour de France, a annoncé hier à Augusta (Géorgie) qu'il prendrait sa retraite après le Tour de France en juillet prochain. Le champion américain est un coureur intelligent. A 33 ans (il en aura 34 le 18 septembre), il sait très bien que chaque année qui passe rend son challenge au Tour de France plus malaisé. Très au courant de l'histoire du cyclisme, il n'ignore pas les moments difficiles qu'ont connus les champions qui, comme lui, ont un moment régné sur le Tour de France. Il connaît la carrière d'Eddy Merckx par coeur et se souvient de la manière, terrible, dont celui qui l'accueille si souvent dans sa maison, à Meise, dut baisser pavillon devant Bernard Thévenet en 1975. Il était au départ du Tour 96 lorsque Miguel Indurain, quintuple vainqueur de l'épreuve française, connut une défaillance aussi soudaine qu'inattendue dans la montée vers les Arcs. Un échec qui sonna le glas pour l'Espagnol, qui mit fin à sa carrière au terme de cette saison-là.

Armstrong possède la fierté et l'orgueil qui ont fait de lui un champion, deux traits de caractère qui rendent la défaite encore plus insupportable. Il a toujours eu l'intention de se retirer sur une victoire. Après son sixième succès l'an dernier, c'eut été parfait.

Mais le contrat juteux que lui proposait Discovery, le nouveau sponsor de sa formation, était difficile à repousser. En outre, le Texan se sentait moralement obligé de soutenir ses partenaires au moins pendant une saison supplémentaire. Sans lui, c'est vrai aussi, Discovery ne se serait peut-être pas engagé dans le cyclisme. La présence du sextuple vainqueur de la Grande Boucle au contraire, assurait l'avenir de ses potes pour trois ans au moins, même si lui, le «maître », tirait sa révérence après une saison. Loin d'être des niais, les dirigeants de l'entreprise qui finance la formation de Johan Bruyneel ont inclus dans le contrat (de deux ans) d'Armstrong, une petite clause qui enjoint l'Américain de participer au moins une fois au Tour de France sur les deux saisons de son «mandat».

Peur de perdre

Malin comme un singe, Armstrong a vite compris qu'il ne serait plus possible pour lui de s'imposer encore à deux reprises dans le Tour. S'il devait en courir un, autant que ce soit le plus vite possible. Donc cette année. Pourtant, Armstrong parvient à quand même se motiver pour son épreuve de prédilection. Son secret: ne rien prendre pour acquis. «A chaque début de saison, je me dis que je recommence tout à zéro. Je ne tiens jamais compte du résultat du Tour précédent. Lors du prologue, le peloton entier est sur la même ligne, avec un temps zéro! C'est la meilleure attitude à adopter, sachant par ailleurs que tous ont envie de me battre. J'ai l'impression que ma tâche est plus difficile chaque année, que les écarts se resserrent entre les autres et moi. Le Tour 2004 constitue une exception, car la roue a toujours tourné pour moi. Et l'équipe était parfaite.»

Il n'empêche que recommencer tout à partir de rien, c'est un peu comme se retrouver au pied de la même montagne, qu'il faut non seulement à nouveau gravir, mais, en plus, la gravir plus vite que tous. «Si j'y parviens, c'est grâce à une ensemble de facteurs: l'amour de ce métier, la recherche de ces sensations inhérentes à la victoire et aussi la peur de perdre. Quand je dis perdre, c'est plus par rapport à mes équipiers que par rapport à moi. Le plus dur serait en effet, le soir de la défaite, de m'asseoir à table avec mes équipiers, mes sponsors, mes potes, et dire: Je suis désolé...»

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