La persistance du dopage, même si elle est jugée à la baisse par les instances sportives, a une fois de plus frappé un Tour d'Italie cycliste calamiteux et d'un niveau sportif médiocre.

Le paradoxe tient à ce double constat. Le dopage, léger ou lourd selon la classification établie des produits, reste une habitude pour une partie du peloton. En même temps, les difficultés du parcours sont en diminution et, surtout, le rythme adopté par les coureurs après les premières journées rappelle l'époque de l'avant-EPO (érythropoïétine).

De mémoire d'observateur, le Giro 2001 - amputé de l'une des deux étapes de haute montagne - s'est révélé l'un des plus faciles, par son relief, de ces quinze dernières années. Les coureurs ont eu le temps de récupérer, un tiers des étapes n'a pas dépassé les 150 kilomètres.

Au bilan, la moyenne de cette 84e édition dépasse à peine les 37 km/h, un chiffre étonnamment bas compte tenu des divers paramètres (météo, parcours, relief). Une partie du peloton est apparue «désorientée», selon le mot d'un directeur sportif, privée de repère et enclin à la prudence de peur de ne pas tenir la distance.

Pour Gianluigi Stanga, qui a dirigé des coureurs de premier plan (Rominger, Bugno, Leblanc, Virenque) avant de revenir aux sources de son métier de directeur sportif en montant une équipe de jeunes (Team Colpack), la situation est alarmante.

«Il y a toujours des gens qui n'ont rien compris au changement de situation depuis 1998, a-t-il souligné. «Il faut que ces gens-là arrêtent».

Le même discours est partagé par plusieurs de ses collègues, atterrés par les développements et les conséquences prévisibles de l'affaire de San Remo. Les perquisitions de la brigade des stupéfiants ont montré l'étendue du problème même si l'amélioration de la situation - le mal touchait une énorme partie du peloton d'avant-1998 - est indéniable.

CHANGER DE MÉTIER

Les coureurs déclarés «positifs» (à l'EPO), à partir des contrôles effectués par l'Union cycliste internationale (UCI), appartiennent dans leur majorité à la génération «perdue». Mais le problème du dopage a touché aussi des coureurs plus jeunes, tel Dario Frigo (27 ans) dont l'image avenante avait séduit la presse italienne en mal de relève.

A ses jeunes coureurs, Stanga a lancé au départ de Pescara: «Si vous avez besoin de prendre des produits interdits pour ramener le dossard de Pescara à Milan, il faut changer de métier!»

Le technicien italien s'étonne de voir beaucoup de jeunes coureurs privés des fondamentaux de leur sport. «Le cyclisme n'est pas seulement un sport, c'est un système de vie. S'entraîner pendant quelques heures par jour n'est pas suffisant. Il faut vivre son métier tout le temps, avec ce que cela implique de sérieux et même de privation».

«Quand on sort de cette règle de vie, on a vite la tentation de prendre des produits dopants», poursuit Stanga qui insiste sur l'importance de travailler auprès des jeunes et des amateurs.

«Certains jeunes qui arrivent chez les pros connaissent les noms des médicaments comme s'ils étaient médecins», renchérit l'un de ses collègues. «Par internet, il est tellement facile d'avoir accès à toutes sortes de produits et de les recevoir chez soi».

Le «maxi-blitz» de San Remo, mercredi dernier, a montré la volonté italienne de s'attaquer au problème. De la justice, en premier lieu, qui a opéré une rafle mémorable, appelée à faire date.

La peur du gendarme ou plutôt du carabinier, dans un pays où le dopage est réprimé pénalement, marque peut-être le début de la sagesse...

(AFP)

© La Libre Belgique 2001