ENVOYÉ SPÉCIAL À MADRID

C'est une magnifique et désormais légendaire page de l'histoire du cyclisme belge que Tom Boonen et sa bande ont écrite dimanche en milieu d'après-midi sur le Paseo de la Castellana. Là, à l'ombre imposante du stade Santiago Bernabeu, l'équipe de José De Cauwer a délivré une prestation optimale ponctuée de maîtresse manière par Tom Boonen. A l'efficace manière avec laquelle les plus grands «goleadors» secouent les filets adverses, l'Anversois termina le boulot initié par les siens pour s'en aller conquérir un succès qui le fait rejoindre nos plus grands champions, les Merckx, Van Steenbergen, Van Looy, Schotte, Museeuw, Maertens et autres Ockers, Ronsse ou Criquielion.

Construit par ses huit équipiers, pièce par pièce, le triomphe de Tom Boonen est également, plus qu'un peu, celui de ses partenaires d'un jour. Seul le nom du coureur de la Quick Step-Innergetic s'inscrit désormais en lettres de feu sur le livre d'or des Championnats du monde. Mais s'il y figure, au côté de celui des plus grands, c'est aussi à Wilfried Crestkens, à Marc Wauters, à Stijn Devolder, à Philippe Gilbert, à Bjorn Leukemans, à Nick Nuyens, à Mario Aerts et à Peter Van Petegem que le vainqueur du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix le doit en grande partie.

Rarement, en effet, la victoire d'un coureur belge dans l'épreuve arc-en-ciel n'aura été, comme celle-ci, le fruit d'un travail collectif. Sans remonter jusqu'à la nuit des temps, puisque «Tornado- Tom» est quand même le vingt-cinquième compatriote qui revêt le maillot de champion du monde depuis 1927, nous n'avons pas souvenir d'avoir assisté à une aussi impressionnante prestation de groupe. L'union fait la force fut le credo permanent des hommes de De Cauwer qui disposaient évidemment en Boonen d'une arme particulièrement incisive pour conclure.

Présent au moment crucial

En tout cela, le succès madrilène de Tom Boonen rappelle celui de Mario Cipollini à Zolder, à ceci près que Boonen sut, au contraire des autres sprinters favoris, les Petacchi, McEwen, Hushovd ou Zabel, répondre présent au moment crucial de l'épreuve. Avant-hier, les Belges furent justement capables de déjouer les plans tactiques de la «Squadra», de neutraliser l'impressionnante équipe espagnole et de rejeter les autres sprinters au moment opportun.

Quand, enfin libéré de son serment à Alessandro Petacchi, Bettini repartit au combat dans le dernier tour d'un Mondial qu'il avait déjà secoué plus avant et que le peloton vola définitivement en éclats, Boonen, bien aidé par ses équipiers, trouva, seul parmi les favoris, les forces nécessaires pour rejoindre in extremis la tête de la course et s'envoler vers le plus beau succès d'une carrière qui ne fait que débuter.

Pour le Campinois, qui n'aura 25 ans que dans trois semaines, le rêve se poursuit donc et pourquoi douterait-on qu'il doive s'arrêter bientôt en chemin?

Révélé à son passage professionnel (en 2002) par sa 3e place dans Paris-Roubaix où il s'érigea à la force du jarret comme le successeur de Johan Museeuw, Tom Boonen s'est montré depuis lors le digne héritier du «Lion des Flandres». Trois ans plus tard, et au terme de deux dernières saisons exceptionnelles pour un athlète qui doit encore parvenir à la maturité physique, Tom a totalement pris la relève de son idole de jeunesse. Le lionceau de 2002 est devenu le «Roi Lion» en 2005.

Le jour même où Museeuw prenait sa retraite au GP de l'Escaut 2004, Tom Boonen remportait la troisième semi-classique printanière qui lui servit de tremplin vers ses triomphes de cette année. Depuis ce jour d'avril de l'an passé, quatre étapes du Tour de France, Paris-Roubaix et le Tour des Flandres ainsi que, désormais, le Championnat du monde se sont ajoutés, entre autres succès, au palmarès d'un champion qui, rêvons-en, n'a pas fini de nous apporter du bonheur.

© Les Sports 2005